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Régulièrement les Forces d'occupation
tentent d'écraser le village de Bil'in.
Nicole Bouexel, forte de ce qu'elle a vu,
est persuadée que la non-violence
est le moyen le plus efficace
pour faire triompher la justice...
Rencontrer
des acteurs
de paix
Je fais partie du «Mouvement de la paix». Nous avons organisé, du 19 au 26 avril,
une délégation en Palestine et Israël ; nous sommes soucieux de rencontrer des acteurs
de paix dans les deux sociétés. La délégation était construite autour de la Conférence internationale de Bil'in;
il s'agit d'un petit village, un peu au-dessus de Jérusalem, qui devient symbole de la résistance non-violente.
Il se trouvait sur le tracé du mur qui leur a retiré 60% de leurs terres.
C'est un village rural avec des oliviers, des cultures. Les habitants ont constitué un Comité populaire
qui a décidé de résister de façon non-violente contre le mur.
Tous les vendredis, ils organisent des manifestations; ils vont jusqu'au mur qui, à cet endroit,
est une barrière avec une route qui les empêche de travailler leurs terres.
Ils sont soutenus à la fois par des Israéliens pacifistes et par des internationaux.
La conférence
internationale
de Bil'in
Dans ce Comité on compte des universitaires: l'action est accompagnée, en effet,
d'une réflexion particulièrement sérieuse. Ils organisent une conférence internationale
tous les ans où ils essaient d'inviter le maximum de personnes du monde entier.
Nous avons participé à cette quatrième Conférence de Bil'in. Nous étions 15 du Mouvement de la Paix.
Avec les habitants du village se trouvaient des « internationaux », des députés européens.
J'ai rencontré une députée italienne. Le prix Nobel de la Paix irlandaise, Mairead Maguire était présente.
Stephan Hessel était là, il y a deux ans. De nombreuses associations de solidarité avec la Palestine
étaient représentées; nous étions soixante Français. En tout, 250 étrangers d'au moins dix pays différents,
Américains, Canadiens, un Sud-Africain parce que l'Afrique du Sud considère
qu'il faut protester contre toute situation d'apartheid. Un représentant
de la Catalogne, en Espagne. Cette région soutient Bil'in de façon assez conséquente,
y compris financièrement. Ils avaient une lettre de soutien de Jimmy Carter.
Palestiniens
et non-violents
On présente souvent les Palestiniens comme des violents. En réalité de nombreux représentants
de villages de Cisjordanie qui mènent le même type de résistance, étaient là.
Des villageois de la région du Jourdain, à la frontière de la Jordanie.
Les Israéliens les empêchent d'accéder à l'eau du fleuve!
Jérusalem était également bien représentée. Les arabes luttent pour rester dans leur ville
alors que les Israéliens s'efforcent de les faire partir. Jérusalem, dans les accords qui existent
devrait être la capitale des deux Etats. Jérusalem pourrait être aussi ville internationale;
elle est le lieu de toutes les religions.
Notre voyage, notre groupe, a participé à la manifestation hebdomadaire avec les habitants de Bil'in.
Nous avions nos drapeaux, y compris le drapeau français. Chaque vendredi, cette manifestation se heurte
à une forte répression de l'armée israélienne: grenades lacrymogènes, balles en caoutchouc.
La semaine précédente, un jeune du village après un coup reçu en pleine poitrine s'est retrouvé mort!
Les villageois étaient profondément marqués par l'événement.
La manifestation était aussi à la mémoire de la victime.
Le Mouvement de la Paix soutient cette résistance non-violente.
Elle nous paraît une bonne solution. La résistance non-violente en Cisjordanie,
en Israël - et même à Gaza - consiste à avoir une économie, construire des écoles,
cultiver les terres, construire des centres culturels, avoir des groupes folkloriques,
faire des broderies, du tissage, travailler dans son propre pays.
Tout le contraire des images qu'on donne des Palestiniens.
On a rencontré des gens de la vallée du Jourdain, on est allé à Hébron
(une ville arabe que les colons israéliens et l'armée ont investie).
Lors de la Conférence, on a eu des rencontres avec l'autorité palestinienne.
Le Premier ministre a reçu la délégation française. Il nous a expliqué que justement
cette résistance non-violente devient l'espoir pour la population palestinienne.
La seule résistance :
rester sur sa terre
et l'occuper
En fin de compte, la résistance non-violente consiste, pour les Palestiniens,
à vivre sur leur pays. D'ailleurs Barek Obama, dans son discours, a rappelé que telle était
la solution à mettre en oeuvre.Les Israéliens essaient par l'occupation, l'implantation
de colonies sauvages sur des Territoires qui doivent revenir aux Palestiniens selon les
résolutions internationales de l'ONU, de créer la politique du fait accompli.
Les habitants de Bil'in considèrent qu'il ne faut pas se battre ni prendre de fusils.
Ils empêchent les jeunes de jeter des pierres. Bien qu'inoffensives, elles sont considérées comme violentes.
Après la mort du jeune qui a été tué, la colère était grande parmi ses amis du village.
Nous avons vu les responsables du Comité populaire leur dire: «Ne jetez pas de pierres, ne soyez pas violents.
La seule résistance consiste à rester sur sa terre et l'occuper». La résistance consiste à créer
les conditions pour que l'on puisse vivre et que les jeunes ne désespèrent pas.
Nous avons tous protesté contre les actes de terrorisme où l'on voyait des jeunes se faire sauter.
Les Palestiniens comprennent que ce n'est pas par une solution militaire mais par des négociations
qu'on pourrait avancer. Cette vision-là est beaucoup plus efficace, à mes yeux, que celle du Hamas.
Les Palestiniens que nous avons rencontrés nous supplient : « Dites, en France, que nous ne sommes pas des terroristes».
Une agriculture
prospère
J'ai vu, par exemple, une coopérative se mettre en place pour faire du miel,
avec l'aide de Français qui sont venus les aider d'un point de vue technique.
L'agriculture du village est prospère : élevage de poulets, culture de légumes très beaux.
Ils font une huile d'olive de très bonne qualité. Une économie fonctionne. A Ramalla, qui n'est pas loin de là,
la ville est très surprenante: 150000 habitants avec des constructions d'immeubles neufs
un peu partout, des banques. J'ai vu un magasin «Yves Saint-Laurent».
Il existe une bourgeoisie palestinienne ancienne assez riche. On a rencontré à
Bethléem un professeur à l'Université de Jérusalem. Il appartient à une vieille famille palestinienne.
Ces gens sont coincés par les check-points et ne peuvent plus se déplacer. Ils sont soumis à
une oppression quotidienne alors qu'il s'agit d'intellectuels qui devraient pouvoir circuler.
Mais les Israéliens, du jour au lendemain, décident de mettre des check-points dans le pays.
Par exemple, dans la vallée du Jourdain, des éleveurs de moutons et de chèvres ont vu les Israéliens
rentrer de façon sauvage et illégale, aux yeux des résolutions de l'ONU. On entre, on met une barrière
et les agriculteurs ne peuvent plus aller cultiver leurs champs.
La résistance non-violente conduit à dire: «On veut vivre dans ce pays sans passer son temps à pleurer.»
Construire
et reconstruire
Des amis de notre délégation étaient dans un village de la vallée du Jourdain où ils ont des problèmes
avec leurs jeunes comme chez nous. Ils n'ont pas de travail...
Ils ont décidé, avec une aide internationale, de construire un terrain de foot.
Ils étaient obligés de le construire le samedi, pendant le Shabbat, pour éviter que les Israéliens
viennent leur mettre des bâtons dans les roues. Les Israéliens ont démoli certains de leurs travaux.
Ils reconstruisent constamment. Ils ont obtenu un soutien de l'Angleterre: Tony Blair est venu inaugurer
une école dans un de ces villages soumis à un harcèlement de la part de l'armée israélienne.
La résistance non-violente est une façon de dire : « Nous voulons vivre et travailler dans ce pays».
Certes, cette économie est limitée : ils n'ont pas accès à la mer. Ils n'ont pas d'aéroport.
Ils sont obligés de se soumettre au bon vouloir d'Israël pour sortir leurs produits.
Ils peuvent aussi passer par la Jordanie. C'est compliqué mais ils usent de toutes les ressources
de leur imagination pour avoir une économie et un Etat qui soit prêt au point de vue administratif.
Ici, beaucoup disent qu'il n'y a pas de solution et que le conflit va s'éterniser.
Mais eux espèrent beaucoup ; ils attendent beaucoup des négociations actuelles. Ils espèrent beaucoup du Président Obama.
La manifestation d' Bil'in, la semaine dernière, (ils nous envoient des nouvelles régulièrement)
s'accompagnait de banderoles: «Obama! Look at us!»
Bethléem
enfermée
Nous avons rencontré des Israéliens à Tel-Aviv. On a rencontré des chrétiens à Bethléem: d
es franciscains qui ont un centre pour accueillir les pèlerins. Quand le Pape est venu à Bethléem,
on a pu le photographier devant le mur: la ville est enfermée par un mur énorme.
Les pèlerins n'y ont accès qu'en passant par un check-point. Les chrétiens, eux aussi,
résistent à l'enfermement. Le mur devait être construit sur le terrain d'un couvent de religieuses.
Elles se sont battues en faisant intervenir les ambassades d'Autriche et des Etats-Unis.
En Israël, on a rencontré un village où vivent des familles juives et arabes: «Neve Shalom», avec une «école de la paix»,
une université. Ils viennent aux manifestations de Bil'in; ils ont du mal à passer les check-points
mais les Israéliens viennent soutenir les Palestiniens de Bil'in. Des jeunes Israéliens refusent
d'aller au service militaire : 400 sont en prison. Nous avons parlé, à Tel-Aviv, à un professeur
d'université qui vient aux manifestations de Bil'in. Il nous a appris que lors de la mort du jeune,
sous les coups israéliens, une manifestation avait rassemblé plus de 10 000 personnes.
Le responsable du Parti Communiste Israélien (qui s'oppose à la politique de colonisation)
a obtenu 35% des voix à Tel-Aviv. La population israélienne est fracturée par la guerre.
Le Mouvement de la Paix est persuadé que la sécurité d'Israël ne peut venir que
si la paix est établie. Nous voulons deux Etats, dans des frontières sûres et reconnues:
c'est la condition pour la sécurité des Israéliens. Netanyahou est contre cette solution.
Pourra-t-il tenir le coup ? Il ne sera plus soutenu. A l'intérieur d'Israël, 74% des habitants sont pour les deux Etats.
Nicole Bouexel
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