Questions morales


"Malheur aux riches"
d'un musulman à un chrétien


"Ah vous chantiez!"
d'un chrétien à un musulman


Le préservatif en question
d'un musulman à un chrétien


Dépasser la haine
d'un musulman à un chrétien


Les caricatures du Prophète
d'un chrétien à un musulman




"Malheur aux riches"
d'un musulman à un chrétien

Jésus a dit « Malheur aux riches ». Vous dites que l'Occident, en particulier l'Europe, ont des racines chrétiennes. Comment se fait-il que, malgré une parole aussi forte, les chrétiens ne protestent pas davantage contre un système économique mondial qui accroît les inégalités.

Dès l'apparition du monde industriel, l'Eglise a condamné le libéralisme économique. En 1891, Léon XII écrivait une encyclique célèbre ( « Rerum novarum » : « les travailleurs se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée ». Il dénonçait aussi « la concentration entre les mains de quelques uns de l'industrie et du commerce devenue le partage d'un petit monde de riches et d'opulents qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires ». A la suite de ce texte presque tous les papes et le Concile Vatican II ont dénoncé le libéralisme économique et le capitalisme d'Etat. Quant aux chrétiens, cette période de Carême est pour eux, comme chaque année, l'occasion, avec l'aide du CCFD, de réflexion sur les inégalités et de marquer leur solidarité avec les victimes d'un système économique injuste.


 


"Ah vous chantiez!"
d'un chrétien aux musulmans

On entend dire que la danse, le chant et la musique sont interdits pour les musulmans. Ne peut-on craindre que l'islam de France soit une menace pour notre culture ?

Quand Mohammed a quitté La Mecque pour aller à Yathrib, les foules ont chanté pour l'accueillir : « balaa el badrou al ayna  » (« la lune et la lumière viennent à nous »). A l'époque de Médine, Omar voulait intervenir dans une maison où l'on faisait la fête ; le Prophète l'a arrêté : « laisse-les ! Tu n'as pas le droit de les empêcher ! » Dès le début de la période Omeyyade, même dans les villes saintes de La Mecque et de Médine, on faisait venir des chanteurs et des chanteuses dont on a gardé le nom. La musique, dans les pays musulmans, a toujours fait partie de l'instruction des hommes cultivés. Nombreux et variés sont les instruments dont la tradition arabo-musulmane a usé. Dire que la musique, le chant ou la danse sont « haram », c'est oublier la richesse d'une longue et belle civilisation. C'est oublier aussi que sur tous les continents plus d'un milliard de musulmans, hommes et femmes, chantent et dansent pour exprimer leur joie. Beaucoup de mystiques non seulement ont toléré la musique mais s'en sont servi pour tenter de s'unir à Dieu. Aujourd'hui le Cheikh KARDAOUI affirme qu'on peut chanter et utiliser tous les instruments possibles pourvu que ce ne soit pas pour faire du raffut. Des chanteuses arabes ont un renom international : Oum Kelthoum, Feyrouz. Il est vrai qu'un musulman digne de ce nom s'interdira de chanter des paroles érotiques ; c'est la raison pour laquelle le raï n'est pas toujours très prisé. Seuls les salafistes s'insurgent contre les instruments de musique quels qu'ils soient et les plus durs vont jusqu'à interdire le chant. Malheureusement ils s'expriment sur Internet en donnant l'impression qu'ils sont la voix de l'islam. C'est dommage !


 


Dépasser la haine
d'un musulman aux chrétens

Au moment de la mort des moines de Tibhirine, le Cardinal LUSTIGER s'est tourné vers les musulmans,
leur demandant de « retirer la haine qu'ils ont dans le coeur ».
Cette expression nous a beaucoup choqués ! Qu'en pensez-vous ?

Peu de temps avant le drame de Tibhirine, les chrétiens d'Algérie avaient vu le meurtre des Pères blancs de TIZI OUZOU, l'assassinat d'une Petite Soeur de l'Assomption et d'un frère mariste dans la casbah d'Alger. Peu après c'était la mise à mort de Monseigneur Claverie, l'évêque d'Oran. On peut comprendre que, dans ce contexte, un haut responsable de l'Eglise de France se soit laissé aller à dire des paroles malheureuses. Beaucoup de chrétiens pensent qu'il aurait été mieux inspiré s'il avait pris en considération la souffrance d'un pays que la France avait colonisé et s'il avait déploré la mort de toutes les victimes de cette époque, y compris les victimes musulmanes.

Pour regrettables qu'ils soient, les propos du Cardinal ne doivent pas occulter les paroles du Concile Vatican II : « L'Eglise regarde avec estime les musulmans. Si,au cours des siècles,de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s'efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu'à protéger et à promouvoir pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté ».


 


Le préservatif en question
d'un musulman aux chrétens

«Plusieurs associations ont perturbé l'inauguration du parvis Jean-Paul II, à Paris. On reproche au pape défunt d'avoir eu une morale rétrograde en matière de sexualité, dangereuse pour l'homme. L'interdiction du préservatif met en péril l'espèce humaine : il faut lutter contre le sida. Qu'en pensez-vous?»

Les préceptes moraux qu'a rappelés Jean-Paul II s'adressent aux catholiques. Par ailleurs, la morale catholique, traditionnellement, insiste sur le primat de la conscience. Si un individu se trouve aux prises avec deux exigences contradictoires, à lui de trancher. On peut sourire en entendant dire que la morale de Jean-Paul II risque de propager une épidémie dévastatrice. Au moins pour deux raisons. La morale catholique, en ce qui concerne la sexualité, ne se réduit pas à l'usage du préservatif. Ceux et celles qui s'y soumettent ne risquent pas d'être contaminés ni de propager le mal. D'autre part, la lutte contre le fléau est un problème de morale internationale avant d'être une question de morale individuelle. Les pays les plus touchés ne sont-ils pas ceux dont la situation économique ne permet pas d'avoir des politiques de santé efficaces ? Sur ce point, Jean-Paul II a posé les bonnes questions. On reproche à Jean-Paul II de s'enfermer dans une morale reposant sur des interdits. La sexualité humaine, en réalité, met en jeu la rencontre de l'autre, le mystère de la vie et de la mort. Il appelle une vigilance qui ne peut se relâcher. Le problème moderne du préservatif n'est-il pas lui-même un interdit aussi générateur d'angoisse que les tabous anciens ? L'avancée de la science, la maîtrise de la vie et de la reproduction posent des questions nouvelles. Se hâter d'apporter une réponse morale à une réalité scientifique relève de l'imprudence. Jean-Paul II met des limites à la permissivité occidentale. On peut juger que ces limites sont trop rigides. Elles obligent au moins les catholiques à réfléchir sur la construction d'une morale neuve. Quel type d'humanité sommes-nous en train de promouvoir ? La question est posée aux chrétiens comme aux musulmans.


 


Les caricatures du Prophète
d'un chrétien à un musulman

Les musulmans se sont indignés parce que quelques caricatures ont ridiculisé leur prophète.
N'est-ce pas un manque de tolérance ?
La liberté d'expression est reconnue par les Déclarations des Droits de l'Homme.

Une vaste polémique a été déclenchée par l'affaire des caricatures de Mohammed, notre prophète.
Je suis triste ! Je ne suis pas triste parce que notre prophète a été insulté : Dieu l'a placé trop haut pour que les injures des hommes puissent l'atteindre. Aucune parole ni aucune action humaine ne peuvent l'amoindrir. Je suis triste parce que cette histoire de caricatures me paraît une affaire de manipulation.

L'affaire a déclenché des discours nombreux et vigoureux, dans tous les sens. Autrement dit la parole a été détournée. Plutôt que de parler pour dire la vérité, dénoncer les injustices, faire reculer les inégalités, on détourne l'attention. On laisse la corruption s'installer sans rien dire. Le désir de dominer, l'appétit de pouvoir créent des centres de manipulation. Les discours qu'on a pu entendre ou les articles qu'on a pu lire sont des actes qui ont des causes échappant à leurs auteurs. J'invite tous les intellectuels à réfléchir sur ce phénomène : les exploiteurs gagnent, la méfiance s'étend, l'extrémisme grandit.

Beaucoup ont voulu prendre le parti des caricaturistes sous prétexte de défendre la liberté d'expression. S'exprimer pour faire grandir le mépris n'est pas de la démocratie. La liberté d'expression conduit à informer autrui et à l'éduquer. S'exprimer pour insulter et ridiculiser ou pour permettre à des régimes hostiles à l'Islam de récupérer les sujets musulmans, n'est pas de la liberté d'expression.
Je suis croyant et démocrate : deux raisons pour m'indigner. Je crois que Dieu a donné la parole aux humains pour faire grandir la justice sociale et forger une vraie solidarité. Dieu attend une humanité solidaire.