Questions morales

Célibat des prêtres et pédophilie
d'un musulman à un chrétien


Pourquoi le Pape s'adresse-elle au monde?
de musulmans à chrétiens


Islam, pays arabes et droits de l'homme
de chrétiens à des musulmans


"Malheur aux riches"
d'un musulman à un chrétien


"Ah vous chantiez!"
d'un chrétien à un musulman


Le préservatif en question
d'un musulman à un chrétien


Les caricatures du Prophète
d'un chrétien à un musulman


Dépasser la haine
d'un musulman à un chrétien


Le célibat des prêtres et la pédophilie
de musulmans à chrétiens



Les chrétiens sont aux prises avec des questions graves concernant la sexualité. Ils méprisent ce qui est corporel ; c'est sans doute la raison pour laquelle si souvent l'Eglise a à déplorer des actes lamentables de pédophilie de la part de prêtres. Si le célibat n'était pas imposé aux prêtres, on éviterait des drames dont les enfants font les frais.

Il faut reconnaître, bien sûr, que les abus sexuels dont, aux Etats-Unis, en Irlande et quelquefois en France, des enfants ont été victimes, sont intolérables ; dans bien des diocèses, les évêques ont été d'une faiblesse que le Pape n'a pas manqué de condamner. Mais le problème de la pédophilie ne semble pas lié à la condition du célibat ; combien de harcèlements sexuels ont pour auteurs des personnes mariées ?

Quant au célibat des prêtres, il est vrai qu'il ne peut se réclamer d'une volonté expresse de Jésus. Il est vrai aussi qu'il est souvent objet d'incompréhension, dans la société. Il est vrai enfin que cette discipline, qui est propre aux catholiques en Occident, est souvent contestée, dans l'Eglise elle-même : elle peut changer. Son maintien est le fruit de la volonté du Pape. En réalité, le célibat est ancré parmi les chrétiens dans une très ancienne tradition. Il s'est imposé, avec la pauvreté et l'obéissance à un supérieur, en même temps qu'apparaissait la vie monastique, au 4ème siècle. Lorsqu'il est apparu, c'était pour protester contre le comportement de beaucoup de chrétiens compromis avec le pouvoir et risquant de succomber à la tentation de la facilité.

Il scandalise parfois les musulmans tout autant que le voile islamique choque beaucoup de Français. Il convient pourtant de reconnaître que Jésus lui-même était célibataire ; il n'est pas fou, pour ceux qui se réclament de Lui, de tenter de vivre à sa façon.

Quoi qu'on pense du célibat, on comprend mal le christianisme si l'on affirme qu'il méprise le corps. Reconnaître que Dieu nous rejoint, dans la cohérence chrétienne, revient à dire que sa Parole, son Verbe, ont pris chair. Le corps né de Marie est lié à Dieu ; il fait apparaître le désir que Dieu a de l'humanité. L'Eglise méprise si peu le corps qu'elle a fait de la rencontre de l'homme et de la femme un sacrement, une manifestation, dans l'histoire de la présence, par-delà les siècles, du Mystère de Jésus.


Pourquoi le Pape s'adresse-il au monde?
de musulmans à chrétiens



Le Pape Benoît XVI vient de faire paraître une Encyclique. Ne trouvez-vous pas étonnant que l'Eglise s'adresse au monde entier et impose au monde une morale souvent désuète ?

En s'inspirant de l'Evangile, l'Eglise est convaincue que le message qu'elle reçoit de Jésus la conduit à porter un regard sur l'humanité tout entière. Dieu, pour les chrétiens, veut le salut (traduisons : le bonheur) «de tout l'homme et de tous les hommes » disait Paul VI. Il est logique qu'elle adapte son enseignement à la réalité concrète et mouvante que connaît l'humanité.

Lorsqu'elle considère que ses convictions contribuent au bonheur de tous, et pas seulement des chrétiens, elle s'adresse par la voix du Pape ou par un Concile, à l'ensemble des hommes.

Il se trouve que l'Eglise ne dispose d'aucun pouvoir pour imposer ce qui lui semble conforme au message de Jésus. On ne peut pas dire non plus qu'elle gagne quoi que ce soit à être suivie. C'est en toute liberté que chacun peut la lire et la suivre ou la rejeter.

En ce qui concerne la récente Encyclique (« Caritas in veritate »), Benoît XVI s'inscrit dans une longue série de textes qui remonte à 1881. Cette année-là, le pape Léon XIII, prenant conscience de la situation faite au monde ouvrier par la révolution industrielle, publiait la première Encyclique concernant « la doctrine sociale de l'Eglise » (« Rerum novarum  »). Aujourd'hui, au coeur des problèmes soulevés par la mondialisation Benoît XVI a cru devoir rappeler quelques principes importants et la crise économique mondiale. Il est regrettable que ce texte ne soit pas paru quelques mois plus tôt Nous en aurions donné un compte rendu dans notre numéro sur l'argent. Certaines encycliques touchent à la morale personnelle ou à la recherche scientifique. Il est vrai que, sur beaucoup de points, la morale traditionnelle de l'Eglise ne fait pas l'unanimité. Lorsque des évidences sont contestées, on est conduit à s'interroger.


Islam, pays arabes et droits de l'homme
de chrétiens à des musulmans



De Me Maurice Buttin et Henri Marchal :

Le 10 décembre 2008 a été célébré le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme (DUDH) dans de très nombreux pays, avec moult discours sur les valeurs défendues dans ce très important document de l'après-guerre.

Cette Déclaration, en certains de ses articles du moins, il faut le savoir, n'a pas été admise à ce jour dans la quasi totalité des pays arabo-musulmans - sauf dans la Proclamation en Alger de l'Etat de Palestine, dont on vient de célébrer le 15 novembre 2008 le 20ème anniversaire. L'Egypte et l'Arabie saoudite, par exemple, ont soulevé dès l'époque le problème de la compatibilité entre les dispositions internationales relatives au droit de l'Homme et la loi islamique (la Charia).

Le principal article contesté était et demeure l'article 18, qui pour moi - chrétien pratiquant, je ne m'en cache pas - est pourtant fondamental, la base même de toute éthique d'un pays qui se veut démocratique. Je rappelle cet article : «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites», ce que prévoyait déjà la Déclaration de 1789 en France.

Soyons précis : la liberté de religion est admise dans les pays islamiques. Ce qui ne l'est pas, c'est la «liberté de conscience», le droit de changer de religion « ou de ne plus en pratiquer aucune».

Dans l'ordre juridique, cela se traduit encore aujourd'hui par la répression de l'apostasie en Arabie Saoudite et par le devoir imparti à « l'Ordre qui commande le bien et interdit le mal » de traquer toute forme de manifestation par des non-musulmans de leur religion sur le territoire saoudien et l'emploi de symboles spécifiques à leur croyance ! (Sauf, comme par hasard, pour les militaires étasuniens pendant la guerre du Golfe !). Quelques Etats ont ainsi proclamé la primauté absolue de la charia sur les dispositions internationales (Iran, Arabie Saoudite, Soudan). De même, l'OCI (Organisation de la Conférence islamique), dans une Déclaration sur les droits de l'homme adoptée au Caire en 1990 a clairement souligné la primauté de la charia sur le droit international général et les dispositions relatives aux droits de l'homme en particulier. L'influence de l'Arabie Saoudite n'est pas étrangère, selon certains observateurs, à la « culture intégriste » qui imprègne les actes et les résolutions de l'Organisation. Cette charte est entrée en vigueur le 30 janvier 2008.

Son préambule affirme l'adhésion des Etats membres «à la charte les Nations Unies et aux droits fondamentaux de l'homme dont les buts et les principes constituent la base d'une coopération fructueuse entre tous les peuples». Avec cependant une réserve de taille : la primauté de la Charia est consacrée. Sur la question des rapports entre droit international général et loi islamique, elle précise que « la charia est l'unique référence pour l'explication, l'interprétation de l'un quelconque des articles contenus dans la présente déclaration ». Il en est ainsi du droit à la vie et à l'intégrité physique, du droit de circuler, de la liberté d'expression, du droit de participer à la gestion des affaires publiques etc.

Concernant la liberté de conscience et de la religion, l'article 10 condamne toute contrainte exercée sur l'homme pour « l'obliger à renoncer à sa religion pour une autre ou pour l'athéisme » ainsi que « toute tentative d'exploiter à cette fin la pauvreté ou l'ignorance » de l'individu. Cet article n'envisage aucunement la situation du musulman qui décide de changer de religion et ceci pour trois raisons au moins. La première est que l'apostasie est qualifiée de crime passible, en vertu de la charia, de la peine de mort. La deuxième réside dans la volonté des rédacteurs de rester dans la logique de l'article 10 qui réprouve l'exploitation de la pauvreté des musulmans pour les amener à changer de religion. La troisième consiste à rendre la déclaration tout à fait conforme au Coran, qui dans l'un de ses versets interdit toute contrainte en religion.

On s'attachera toutefois à cette réflexion du grand penseur Mohamed Arkoun : « La perception des droits de l'homme dans la pensée occidentale réduite au seul rationalisme positif renforce son malentendu avec l'islam qui a pensé ces droits de l'homme dans le cadre plus large des droits de Dieu. »

Cela exposé, il faut reconnaître aussi, bien sûr, que les pays occidentaux, si attachés dans leurs discours dominicaux aux valeurs de la DUDH, s'empressent de les oublier dès qu'elles viennent à contrarier leurs intérêts économiques ou leurs calculs stratégiques. Ainsi en est-il en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, où le scandaleux « deux poids, deux mesures», est connu de tous. Où, autre exemple, le résultat d'élections, pourtant démocratiques, est rejeté, parce qu'il donne le pouvoir à un parti qui ne leur plaît pas, qualifié a priori de «terroriste» !

REPONSE DE LA REDACTION

Cette question ne peut plus être abordée sans qu'on se réfère à la rencontre catholico-musulmane qui s'est tenue à Rome du 4 au 6 novembre 2008. Il s'agissait, on s'en souvient, de réagir à la lettre de 138 musulmans adressée à Benoît XVI. Le thème du forum romain s'en inspirait : « Amour de Dieu, amour du prochain ». Cette réunion s'est terminée par une Déclaration finale qui fut effectivement difficile à accepter par certains participants représentant l'islam.

Mais, en fin de compte, les 24 délégués, après de très sérieuses discussions, ont apposé leur signature à un texte dont nous citons l'article 5 :

« L'amour du prochain authentique implique le respect de la personne et de ses choix dans les domaines de la conscience et de la religion. Il inclut le droit des individus et des communautés à pratiquer leur religion en privé et en public ».

Il est vrai qu'il s'agit d'un texte qui n'est pas ratifié par une autorité musulmane dûment représentative. Il est vrai qu'il n'y est pas question d'autoriser la conversion à une autre religion ou à l'athéisme. C'est pourtant un symptôme : la conscience musulmane évolue comme la conscience chrétienne avant elle. Rappelons-nous qu'en 1864 le Pape publiait un catalogue d'erreurs au nombre desquelles figurait la liberté religieuse. Il a fallu attendre 1965 et le Concile Vatican II pour que l'Eglise catholique revienne sur la maladresse du pape Pie IX.


"Malheur aux riches"
d'un musulman à un chrétien


Jésus a dit « Malheur aux riches ». Vous dites que l'Occident, en particulier l'Europe, ont des racines chrétiennes. Comment se fait-il que, malgré une parole aussi forte, les chrétiens ne protestent pas davantage contre un système économique mondial qui accroît les inégalités.

Dès l'apparition du monde industriel, l'Eglise a condamné le libéralisme économique. En 1891, Léon XII écrivait une encyclique célèbre ( « Rerum novarum » : « les travailleurs se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée ». Il dénonçait aussi « la concentration entre les mains de quelques uns de l'industrie et du commerce devenue le partage d'un petit monde de riches et d'opulents qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires ». A la suite de ce texte presque tous les papes et le Concile Vatican II ont dénoncé le libéralisme économique et le capitalisme d'Etat. Quant aux chrétiens, cette période de Carême est pour eux, comme chaque année, l'occasion, avec l'aide du CCFD, de réflexion sur les inégalités et de marquer leur solidarité avec les victimes d'un système économique injuste.


"Ah vous chantiez !"
d'un chrétien aux musulmans


On entend dire que la danse, le chant et la musique sont interdits pour les musulmans. Ne peut-on craindre que l'islam de France soit une menace pour notre culture ?

Quand Mohammed a quitté La Mecque pour aller à Yathrib, les foules ont chanté pour l'accueillir : « balaa el badrou al ayna  » (« la lune et la lumière viennent à nous »). A l'époque de Médine, Omar voulait intervenir dans une maison où l'on faisait la fête ; le Prophète l'a arrêté : « laisse-les ! Tu n'as pas le droit de les empêcher ! » Dès le début de la période Omeyyade, même dans les villes saintes de La Mecque et de Médine, on faisait venir des chanteurs et des chanteuses dont on a gardé le nom. La musique, dans les pays musulmans, a toujours fait partie de l'instruction des hommes cultivés. Nombreux et variés sont les instruments dont la tradition arabo-musulmane a usé. Dire que la musique, le chant ou la danse sont « haram », c'est oublier la richesse d'une longue et belle civilisation. C'est oublier aussi que sur tous les continents plus d'un milliard de musulmans, hommes et femmes, chantent et dansent pour exprimer leur joie. Beaucoup de mystiques non seulement ont toléré la musique mais s'en sont servi pour tenter de s'unir à Dieu. Aujourd'hui le Cheikh KARDAOUI affirme qu'on peut chanter et utiliser tous les instruments possibles pourvu que ce ne soit pas pour faire du raffut. Des chanteuses arabes ont un renom international : Oum Kelthoum, Feyrouz. Il est vrai qu'un musulman digne de ce nom s'interdira de chanter des paroles érotiques ; c'est la raison pour laquelle le raï n'est pas toujours très prisé. Seuls les salafistes s'insurgent contre les instruments de musique quels qu'ils soient et les plus durs vont jusqu'à interdire le chant. Malheureusement ils s'expriment sur Internet en donnant l'impression qu'ils sont la voix de l'islam. C'est dommage !


Le préservatif en question
d'un musulman aux chrétens


«Plusieurs associations ont perturbé l'inauguration du parvis Jean-Paul II, à Paris. On reproche au pape défunt d'avoir eu une morale rétrograde en matière de sexualité, dangereuse pour l'homme. L'interdiction du préservatif met en péril l'espèce humaine : il faut lutter contre le sida. Qu'en pensez-vous?»

Les préceptes moraux qu'a rappelés Jean-Paul II s'adressent aux catholiques. Par ailleurs, la morale catholique, traditionnellement, insiste sur le primat de la conscience. Si un individu se trouve aux prises avec deux exigences contradictoires, à lui de trancher. On peut sourire en entendant dire que la morale de Jean-Paul II risque de propager une épidémie dévastatrice. Au moins pour deux raisons. La morale catholique, en ce qui concerne la sexualité, ne se réduit pas à l'usage du préservatif. Ceux et celles qui s'y soumettent ne risquent pas d'être contaminés ni de propager le mal. D'autre part, la lutte contre le fléau est un problème de morale internationale avant d'être une question de morale individuelle. Les pays les plus touchés ne sont-ils pas ceux dont la situation économique ne permet pas d'avoir des politiques de santé efficaces ? Sur ce point, Jean-Paul II a posé les bonnes questions. On reproche à Jean-Paul II de s'enfermer dans une morale reposant sur des interdits. La sexualité humaine, en réalité, met en jeu la rencontre de l'autre, le mystère de la vie et de la mort. Il appelle une vigilance qui ne peut se relâcher. Le problème moderne du préservatif n'est-il pas lui-même un interdit aussi générateur d'angoisse que les tabous anciens ? L'avancée de la science, la maîtrise de la vie et de la reproduction posent des questions nouvelles. Se hâter d'apporter une réponse morale à une réalité scientifique relève de l'imprudence. Jean-Paul II met des limites à la permissivité occidentale. On peut juger que ces limites sont trop rigides. Elles obligent au moins les catholiques à réfléchir sur la construction d'une morale neuve. Quel type d'humanité sommes-nous en train de promouvoir ? La question est posée aux chrétiens comme aux musulmans.


Les caricatures du Prophète
d'un musulman aux chrétens


Au moment de la mort des moines de Tibhirine, le Cardinal LUSTIGER s'est tourné vers les musulmans, leur demandant de « retirer la haine qu'ils ont dans le coeur ». Cette expression nous a beaucoup choqués ! Qu'en pensez-vous ?

Peu de temps avant le drame de Tibhirine, les chrétiens d'Algérie avaient vu le meurtre des Pères blancs de TIZI OUZOU, l'assassinat d'une Petite Soeur de l'Assomption et d'un frère mariste dans la casbah d'Alger. Peu après c'était la mise à mort de Monseigneur Claverie, l'évêque d'Oran. On peut comprendre que, dans ce contexte, un haut responsable de l'Eglise de France se soit laissé aller à dire des paroles malheureuses. Beaucoup de chrétiens pensent qu'il aurait été mieux inspiré s'il avait pris en considération la souffrance d'un pays que la France avait colonisé et s'il avait déploré la mort de toutes les victimes de cette époque, y compris les victimes musulmanes.

Pour regrettables qu'ils soient, les propos du Cardinal ne doivent pas occulter les paroles du Concile Vatican II : « L'Eglise regarde avec estime les musulmans. Si,au cours des siècles,de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s'efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu'à protéger et à promouvoir pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté ».


Dépasser la haine
d'un chrétien à un musulman


Les musulmans se sont indignés parce que quelques caricatures ont ridiculisé leur prophète.
N'est-ce pas un manque de tolérance ?
La liberté d'expression est reconnue par les Déclarations des Droits de l'Homme.

Une vaste polémique a été déclenchée par l'affaire des caricatures de Mohammed, notre prophète.
Je suis triste ! Je ne suis pas triste parce que notre prophète a été insulté : Dieu l'a placé trop haut pour que les injures des hommes puissent l'atteindre. Aucune parole ni aucune action humaine ne peuvent l'amoindrir. Je suis triste parce que cette histoire de caricatures me paraît une affaire de manipulation.

L'affaire a déclenché des discours nombreux et vigoureux, dans tous les sens. Autrement dit la parole a été détournée. Plutôt que de parler pour dire la vérité, dénoncer les injustices, faire reculer les inégalités, on détourne l'attention. On laisse la corruption s'installer sans rien dire. Le désir de dominer, l'appétit de pouvoir créent des centres de manipulation. Les discours qu'on a pu entendre ou les articles qu'on a pu lire sont des actes qui ont des causes échappant à leurs auteurs. J'invite tous les intellectuels à réfléchir sur ce phénomène : les exploiteurs gagnent, la méfiance s'étend, l'extrémisme grandit.

Beaucoup ont voulu prendre le parti des caricaturistes sous prétexte de défendre la liberté d'expression. S'exprimer pour faire grandir le mépris n'est pas de la démocratie. La liberté d'expression conduit à informer autrui et à l'éduquer. S'exprimer pour insulter et ridiculiser ou pour permettre à des régimes hostiles à l'Islam de récupérer les sujets musulmans, n'est pas de la liberté d'expression.
Je suis croyant et démocrate : deux raisons pour m'indigner. Je crois que Dieu a donné la parole aux humains pour faire grandir la justice sociale et forger une vraie solidarité. Dieu attend une humanité solidaire.


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