Questions théologiques



L'Eglise et l'Empire romain

Question d'un imam aux chrétiens

Pouvons-nous être amis?
Question d'un chrétien à des musulmans

Dieu Père?
Question d'un musulman à un chrétien

La représentation du Christ
Question d'un musulman à un chrétien





L'Eglise et l'Empire romain

  Question d'un imam aux chrétiens :

On dit que le christianisme n'a pas réussi à influencer l'Empire romain
mais qu'au contraire l'Empire romain a imprégné l'Eglise.
Que faut-il en penser ?

Disons d'abord que l'Eglise n'est pas née à Rome mais à Jérusalem, lors d'une fête juive, la Pentecôte. Près du Temple, Pierre prit la parole devant une foule de gens venus de partout. Il annonça la Résurrection : 3000 personnes furent conquises par son message. Les chrétiens voient là un miracle, le travail de Dieu lui-même, par la force de son Esprit. C'était l'acte de naissance de l'Eglise.

Les apôtres de Jésus, à la suite de Pierre - dont tous les papes se considèrent les successeurs - annoncèrent l'Evangile dans les communautés juives de Palestine ou du bassin méditerranéen. Les premières églises locales voient le jour : Jérusalem, Antioche, Alexandrie, Ephèse. Grâce à Paul, le christianisme se diffuse dans les milieux païens jusqu'à Rome.

La rencontre fut cruelle pour les chrétiens. Ils étaient accusés d'athéisme sous prétexte qu'ils n'offraient pas de sacrifices aux dieux romains. Et surtout ils refusaient de considérer l'empereur comme Dieu. Pendant trois siècles, l'Eglise eut à faire face à trois types de problèmes : il fallait se préparer à supporter la persécution ; il fallait aussi organiser la vie de l'Eglise pour permettre son unité ; il fallait enfin répondre aux objections que soulevait la prédication évangélique. En réalité, l'Eglise d'aujourd'hui, repose pour l'essentiel sur la vie chrétienne telle qu'elle fut inventée dès cette époque : préparation au baptême, mise en place de l'Eucharistie, institution des prêtres et des évêques, réflexion intellectuelle pour se situer par rapport au monde ambiant mais aussi par rapport aux interprétations aberrantes qu'on entendait parfois dans certains milieux chrétiens. Une pensée théologique prenait corps avec laquelle les intellectuels catholiques d'aujourd'hui doivent encore composer.

Le christianisme était à Rome autour des années 40. En 60, Pierre et Paul y étaient mis à mort. Comment se fait-il que le message monothéiste des disciples de Jésus ait pu mordre sur une société alors polythéiste et aux moeurs souvent dépravées ? Sans doute répondait-il à une attente spirituelle déçue par les nombreux cultes païens de l'Empire autant que par la religion officielle qui divinisait l'Empereur. Dans la cohérence chrétienne ce ralliement d'un grand nombre de « païens » au christianisme paraît du même ordre que celui qui s'était manifesté à Jérusalem au jour de la Pentecôte. On y voit l'oeuvre de Dieu agissant par son Esprit.

L'Eglise, jusqu'en l'an 313, avait vécu entièrement libre par rapport au pouvoir impérial auquel elle s'opposait dans la non-violence absolue. Vint le moment où l'empereur Constantin se convertit au christianisme. Il se considérait alors comme chargé de régenter l'Eglise, de prendre des initiatives, de convoquer des conciles. L'Eglise était à un tournant ; à partir de Constantin le pouvoir politique a interféré avec le pouvoir spirituel, sans pour autant se confondre avec lui. A une longue époque où le but du chrétien était de se préparer au martyre, succédait un temps où l'Eglise acquérait pignon sur rue. Il fallut réagir : ce fut la tâche des moines. Beaucoup d'hommes partirent au désert pour rappeler aux chrétiens que l'idéal du disciple de Jésus était loin des palais impériaux. A la suite de St Antoine, ils vécurent dans la pauvreté, la chasteté et la soumission à Dieu par l'obéissance à un supérieur.

Oui, l'Empire romain a influencé l'Eglise : comment une religion peut-elle rencontrer une culture sans en être marquée ? Mais l'Eglise a veillé, au long des siècles, à suivre l'exemple des premiers moines et à rester vigilante pour ne pas arrêter l'impulsion que lui a donnée Jésus.


 

Pouvons-nous être amis ?

  Question d'un chrétien à des musulmans:

En relisant le Coran (traduit par Kasimirski) trois premiers versets m'interpellent.
Pouvez-vous m'expliquer ce qui me paraît contradictoire ?
Sourate II verset 59 :
« ceux qui ont cru, ceux qui suivent la religion juive, les chrétiens,
les sabéens et quiconque aura cru en Dieu et ou jour dernier, et qui aura pratiqué le bien,
tous ceux-là recevront une récompense de leur Seigneur."
Mais, Sourate III verset 79 :
« Quiconque désire un autre culte que la résignation à Dieu (Islam),
ce culte ne sera point reçu de lui, et il sera dans l'autre monde du nombre des malheureux. »
Et encore: Sourate V verset 55 :
« O Croyants ! ne prenez point pour amis les juifs et les chrétiens,
ils sont amis les uns des autres.
Celui qui les prendra pour amis finira par leur ressembler,
et Dieu ne sera point le gui des pervers ».

A propos de la sourate II, 59 (ou 62 selon d'autres versions), il faut se rappeler le contexte et pour cela connaître l'histoire de Salman, un des compagnons du prophète. Ce personnage, d'origine perse, avait suivi les disciples d'un moine chrétien qui l'avait averti : « un prophète va venir ; je suis trop vieux pour avoir des chances de le rencontrer, mais toi tu le reconnaîtras ». L'annonce du moine n'était pas vaine. L'histoire conduisit Salman jusqu'à La Mecque où il reconnut celui qu'on lui avait annoncé et dont il devint le compagnon. Assuré de son salut dans l'Au-delà, il fut pris d'inquiétude à propos des amis qu'il avait laissés en Perse. « Que deviendront dans l'autre monde ceux que l'ai laissés ? ». « Ils sont perdus », aurait dit le Prophète. La Parole de Dieu serait alors descendue pour contester son Envoyé et rétablir la vérité. Tous ceux qui auront adhéré aux paroles de Jésus ou de Moïse sans avoir reçu la Révélation de l'Islam seront sauvés.

C'est à la lumière de ce contexte qu'il faut comprendre le second verset (III, 79  ou 85 selon d autres versions). Juifs et Chrétiens ou sabéens dont parle le prophète sont ceux qui ont connaissance de l'ultime révélation et qui refusent de s'y soumettre. La situation est tout autre que celle des amis de Salman.

Quant à la troisième citation (V, 55 - ou 57) il faut pour la comprendre la corréler à la Sourate 60, versets 8 et 9). On est plus fidèle au texte arabe en parlant de « guides » plutôt que d'« amis ». Dieu interdit de suivre ceux qui combattent les musulmans, les chassent de leurs maisons ou les évincent de leurs postes. En revanche, il n'interdit pas de se montrer aimables (« vertueux et équitables ») avec tout homme, qu'il soit juif ou chrétien.



 

Dieu Père ?

  Question d'un musulman à un chrétien :

Nous ne pourrons jamais admettre que les chrétiens disent que Dieu est Père.
Dieu ne peut avoir d'enfants.
Qu'en pensent les chrétiens de « La maison » ?

Le mot « Père », dans le langage de la Bible, ne signifie pas « géniteur ». Il désigne la référence à la Loi ainsi que la bonté et la générosité : du père vient la vie.
Lorsqu'on dit que Dieu est le Père de Jésus, nous affirmons un lien qui n'est pas d'ordre génétique.
Tout comme les musulmans, les chrétiens affirment que Dieu est né d'une vierge. Dire que Dieu est le Père de Jésus consiste à affirmer un lien de dépendance de l'un à l'autre. Jésus est envoyé par le Père pour accomplir sa volonté.
En appelant Dieu « Père » (« Notre Père »), le chrétien prétend rejoindre Jésus pour ajuster son désir sur la volonté de Celui dont le fils de Marie est l'envoyé : « Notre Père, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».




La représentation du Christ

 

Question d'un musulman à un chrétien:

L'Islam interdit la représentation du Prophète Mohammed,
il évite ainsi le risque d'idolâtrie.
Comment se fait-il que vous, chrétiens, vous n'hésitiez pas à représenter Jésus sur la Croix?
Cela nous gêne, même si nous vous respectons.

La question de la représentation du Christ a été l'objet de vives controverses, surtout parmi les chrétiens d'Orient, au 8ème siècle. Une réalité matérielle ne peut représenter la divinité de Jésus, disaient certains. On appelle « iconoclastes » ceux qui voulaient que disparaisse toute image sainte. En réalité, les iconoclastes furent condamnés par un Concile en 787.

Le Fils de Dieu, devenu homme, a sanctifié le monde matériel qui, transfiguré, est devenu capable d'évoquer les mystères auxquels croient les chrétiens.

Quant à la Croix, elle est moins une représentation qu'un symbole. Le chrétien y reconnaît la victoire du Christ sur la mort et le péché. Par ailleurs, elle est devenue un signe de reconnaissance : ceux qui la portent rappellent à leurs coreligionnaires quel lien les unit.

Précisons qu'une image du Christ ne peut être vénérée pour elle-même. Elle invite le croyant à ouvrir son coeur et son esprit sur l'invisible.