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Extraits de la conférence de Mustapha Chérif Table ronde du 20 janvier 2008 et conférence intégrale(audio) de Mustapha Cherif |
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Philosophe et homme politique, Mustapha Chérif a enseigné au collège de France. ![]()
Extraits de la conférence de Mustapha Chérif Le musulman, un témoin
Le musulman se définit sous la figure du témoin. Pour être musulman, il y a lieu de témoigner, selon l'expression de la Shahada,
qu'il n'est de dieu que Dieu et que Mohammed est son prophète. Témoigner que tout est relatif sauf l'Absolu. Témoigner que la Révélation est une réalité,
intrusion dans le temps des hommes, Parole de Dieu. L'histoire du salut se fonde avant tout, pour l'Islam sur l'idée de Révélation qui commence avec Adam,
connaît des phases majeures avec Abraham, Moïse, le Messie-Jésus et finit avec la Révélation coranique; celle-ci confirme l'unicité des messages,
le fond commun, et rappelle avec force et clarté les révélations antérieures tout en apportant sa part de dépassement et de singularité finale. La révélation face à la modernité
La Révélation respecte ma liberté : elle exige de moi de réfléchir pour en saisir le sens caché ou apparent, la dimension du contexte,
la portée universelle et particulière en fonction de la singularité de chacun de nous. Elle responsabilise, elle libère, elle ouvre;
elle ne ferme pas l'horizon selon la version du croyant. La Révélation est censée libérer et non pas ligoter. Elle vient réactiver les capacités de
l'être humain pour assumer l'épreuve du « vivre sur terre ». Face aux défis communs
Ce n'est pas la fin du monde, la modernité. Ce n'est pas la fin du monde mais la fin d'un monde à laquelle nous devons faire face ensemble.
Notre époque est à la fois trouble et passionnante. Le nom comme l'idée de Dieu et de Révélation peuvent être évidemment niés. Les pratiques fermées des institutions
tout comme les dérives inhumaines des adeptes politico religieux, inauthentiques croyants, sont hélas les meilleures raisons de ne pas croire en Dieu.
La responsabilité des croyants est engagée afin qu'ils ne détruisent pas de leurs propres mains leur demeure, selon l'expression coranique. Refuser toute forme de fermeture
La sortie de la religion de la vie, de la cité, nous dit-on, c'est le passage d'un monde où les religions continuent d'exister mais à l'intérieur d'un ordre
et d'une forme collectifs qu'elles ne déterminent plus. Paradoxe : on tolère les religions à condition qu'elles soient inopérantes.
Une réelle émancipation vis-à-vis des autorités religieuses est compréhensible, logique, légitime. De même, une séparation de l'autorité de l'Eglise et de l'Etat,
de la sphère du public et du privé, est logique. On constate pourtant que cela aboutit progressivement à une marginalisation des principes spirituels,
à un oubli des valeurs morales, voire, comme je le disais, à une forme de déshumanisation et à un effondrement de l'horizon civilisationnel.
On constate que la religion est considérée, par nombre de modernes, comme la survivance d'idées et de pratiques révolues et arriérées.
L'idée de progrès n'a pu s'imposer à la pensée moderne qu'en vertu d'un travail opposé à la Révélation. Cela pose problème. Le fait que la religion soit
sortie de la vie collective, phénomène qui tend à se mondialiser, sauf pour le moment, en terre musulmane, est préoccupant.
Espérons qu'elle ne sorte pas des coeurs. De fait, et c'est également préoccupant, l'ignorance et l'incroyance se sont transformées parfois
en une doctrine intolérante et contraignante; elles sont devenues une sorte de «nouvelle religion» et d'idéologie alors que la Révélation était censée
libérer des fanatismes et des contraintes. Au lieu de constater que le mouvement du monde tout entier tend aujourd'hui à se fermer,
les modernes incroyants affirment que seuls les croyants gagnent du terrain. C'est une contre vérité. Paradoxe ! Islam et sécularité
Les idéologies politico-religieuses qui succombent dans la confusion et instrumentalisent la religion dans le cadre de la lutte pour le pouvoir
sont en contradiction et avec la lettre et avec l'esprit du Coran. Les difficultés des sociétés musulmanes aujourd'hui à traduire dans les faits le principe cardinal
de «communauté médiane» signifient que rien n'est donné d'avance. Il ne suffit pas de croire ou d'appliquer la loi pour réaliser le bonheur.
Il est aujourd'hui normal, logique et naturel de s'attacher à la sécularisation, principe cardinal de la modernité que le monothéisme soustend bien plus que l'on ne s'imagine.
Nous avons le droit de rechercher une sécularité positive, ouverte, constructive.
Etre ouvert ou fermé
Il n'y a aucune raison d'imaginer qu'un incroyant serait plus séculier ou plus laïc qu'un croyant ou le contraire.
Il n'y a aucune raison d'imaginer qu'un incroyant serait plus tolérant qu'un croyant. D'autant que compte tenu de l'évolution du monde,
de sa complexité et de ses défis, le problème consiste non à vivre d abord en croyant ou incroyant mais en «être ouvert» ou «être fermé».
Fondée sur la liberté, la foi, si elle s'inscrit dans l'ouvert, autant que la raison, et dans certaines dimensions plus que la raison, permet de répondre au monde,
à l'au-delà du monde et au mystère de l'existence
Accepter de s'exposer
Ce que les musulmans d'aujourd'hui doivent comprendre a trait au fait que la force de la pensée moderne se trouve dans la fermeté
avec laquelle elle se confronte à ses propres limites. La pensée moderne accepte de s'exposer, de prendre les risques de l'exercice sans condition de la pensée, de la raison.
Ce travail de la recherche, le musulman l'a déjà expérimenté ; il est même exigé par la Révélation pour assurer nos responsabilités tout en gardant la mesure.
Ce que le moderne, de son côté, doit comprendre réside dans le fait que le musulman tient à être un partenaire essentiel car il a participé,
et il le pourra encore de manière décisive, à l'essor de la civilisation de la vie. On ne questionne pas assez le Coran, la théologie, la pensée musulmane,
du dedans comme du dehors. Pour tenter de vivre ensemble, d'élever la condition humaine et plus encore d'humaniser les rapports entre les gens,
il faut comprendre que les dérives concernent plus la responsabilité du politique que du religieux.
Refuser la totalisation
L'Occident dit moderniste ou moderne est en train de se mondialiser et donc de ne plus s'appeler l'Occident.
Ce qui pose problème pour d'autres sociétés, cultures ou religions c'est justement cette hégémonie, cette volonté de la totalité que l'on nous demande d'accepter sans coup férir.
D'accepter un certain type de représentation du monde qui suscite des inquiétudes, des ruptures et des déséquilibres. Par-delà les acquis prodigieux de l'émancipation,
la plupart des cultures traditionnelles succombent à cette hégémonie, à cette totalisation. Dans la dépersonnalisation, l'assimilation, la dissolution.
Les musulmans résistent mais de manière confuse et parfois de manière aveugle. Notre époque, plus que d'autres, est de celles où il est vital que nous nous rencontrions,
que nous dialoguions, que le monde occidental et le monde musulman, tellement liés, analysent leur devenir commun. Le premier, le monde occidental,
ne doit pas se laisser bercer par les avancées sans précédent qu'il a réalisées. Il doit faire le bilan sur sa trajectoire, sur son plus que malaise de la civilisation
et s'interroger sur les risques qu'il fait courir à l'humanité. Le deuxième, le monde musulman, malgré la vitalité de la religion encore présente dans la vie de ses peuples
comme témoin du monothéisme, doit se démocratiser et comprendre qu'il ne doit pas céder aux ruptures, aux pressions ni aux oppressions.
Il doit s'interroger sur les graves dérives auxquelles certains de ses adeptes donnent lieu, à commencer par l'absence de système démocratique,
l'extrémisme politico religieux et la propagande de pratiques obscurantistes de la religion refuge.
Un triple risque
En conclusion finale aujourd'hui le risque est triple. Site : www.mustapha-cherif.com ![]() ![]() |