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L'expérience islamo chrétienne qui s'est déployée dans les Hauts de Seine a commencé pendant la guerre d'Algérie. Nous essaierons d'en raconter l'histoire en dégageant les conditions qui l'ont rendue possible. |
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L'expérience commence en mars 1957.
Saâd ABSSI débarque en France, venu du fin fond de l'Algérie, El Oued, aux portes du Sahara.
De l'autre côté de la mer, la guerre cache son nom mais bat son plein.
Un pays cherche son indépendance :
la patrie algérienne existe dans le coeur et l'intelligence d'un grand nombre de militants.
Saâd en fait partie. Le militant a derrière lui une longue expérience ;
l'internement au camp de Djorf lui a permis de découvrir des légions d'intellectuels et de paysans habités d'une même impatience.
Avec eux, il espère l'apparition des frontières d'un nouveau peuple. |
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Etrange coïncidence : une fois libéré, Saâd est contacté à la fois par les autorités françaises et par le FLN.
Craignant sans doute que des idées subversives agitent les populations dont il a la charge,
l'Administrateur lui demande de quitter la région. En même temps le Front de Libération Nationale l'envoie en France.
Ainsi, en ce printemps 1957, avec l'appui involontaire des autorités françaises, Abssi se retrouve à Gennevilliers,
à proximité des usines Chausson, très exactement 46 rue sainte Marie. On lui avait donné une adresse dans un quartier des Grésillons :
un café fréquenté par des travailleurs maghrébins.
Le mot de passe qu'on lui a transmis lui permet d'être reconnu.
Ses compatriotes lui font traverser la rue ; il se retrouve devant l'église St Jean.
Un homme en soutane est en train de faire démarrer son vélo solex lorsque s'ouvre la porte du presbytère.
Un autre prêtre, Gilbert RUFENACH, lui fait face. |
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Jusqu'à l'époque de cette rencontre, Islam et Christianisme avaient vécu dans l'illusion qu'il n'est de dialogue vrai
que là où autrui se soumet au message qu'on lui apporte.
« Pas de contrainte en matière de religion » disent les Musulmans.
L'Islam s'est étendu sans imposer systématiquement ses dogmes ni son culte, c'est vrai.
Pourtant Juifs et Chrétiens, en pays musulmans, n'ont conservé leur propre religion qu'à condition
d'accepter que celle du vainqueur fasse loi. Et malgré leurs protestations polies, en général un musulman plaint le chrétien ;
le musulman doit avoir pitié de l'autre; il doit l'aimer. Ceci implique le désir secret de le convertir à soi. |
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Face à des rencontres de ce type, le coude à coude de Rufenach et d'Abssi a l'allure d'un geste prophétique.
Par-delà les limites qui les dé-finissent (finis, en latin, signifie frontière),
ils aperçoivent que l'autre n'est pas enfermé dans l'ensemble religieux ou citoyen auquel il appartient.
L'un et l'autre des deux univers dont ils sont les représentants peuvent être dépassés :
le tout de leur vie, de leurs désirs, de leurs combats n'est pas le tout ;
le tout n'est pas le tout . Eglise, arche du salut ? Islam, Maison de la paix ?
Peut-être. Encore faut-il reconnaître que le lieu du salut et de la paix suppose un espace qui ne soit ni l'Islam ni l'Eglise.
« No man s land » ? Oui, à condition d'entendre l'expression en la détournant légèrement de son sens courant. Traduisons :
« le pays qui fait l'humanité n'appartient à personne». |