Ils arrivent en Islam : qui sont-ils?
Ils quittent la patrie musulmane, l'Oumma,
comment est-ce possible?
Nous avons enquêté pour tenter de comprendre.
Ils arrivent en islam
Des conversions d'intellectuels
Les chiffres sont impressionnants.
Quelles raisons ont poussé ces hommes et ces femmes à épouser l'islam ?
Ces raisons sont variables.
Voici quelques décennies, il s'agissait d'intellectuels.
A la source de leur attrait pour l'islam, on trouve la personnalité de René Guenon (1886 - 1951).
A la recherche d'une tradition mystique cachée derrière toutes le religions instituées,
ce philosophe fut initié à la mystique soufie par un maître maghrébin.
Il affirme que la tradition enfouie dans les religions appartient à un ordre qui dépasse l'humanité.
L'initiation soufie ouvre l'accès à cet univers surhumain.
Parmi ces intellectuels, il convient de citer au moins le nom d'Eva de Vitray - Meyerovitch qui a produit une précieuse anthologie du soufisme.
A côté de ces intellectuels, il faut évoquer quelques personnalités bien connues :
Maurice Bejart, Cassius Clay, Neil Amstrong, Roger Garaudy.
Ce dernier a fait part de ses motivations.
Jésus est mort avant qu'advienne le Royaume de justice et de paix qu'il annonçait.
Mohammed a pris le relais : la volonté de Dieu était vécue dans la société de Médine.
Aujourd'hui le temps des conversions d'intellectuels est dépassé.
Un chiffre est éloquent : le taux de chômage chez les convertis est 5 fois supérieur à celui de la population française dans son ensemble.
Se tournent vers l'Islam les sujets les plus démunis.
Ils découvrent le message musulman très souvent dans les prisons, au contact de détenus croyants.
Ce faisant, ils retrouvent leur dignité; ils ne sont plus exclus de partout : l'Islam devient leur patrie.
Des conversions dans les banlieues
Les banlieues défavorisées sont un autre lieu de conversion.
Dans un groupe, quand on est jeune, il est difficile d'être minoritaire.
C'est le cas de beaucoup d'immigrés d'origine chrétienne, mal formés dans leur foi. Ils suivent les copains qui les conduisent à la mosquée où l'accueil est chaleureux.
Abd El Malik est l'illustration de ce genre de conversion. Ce rappeur célèbre est né dans une famille chrétienne d'origine camerounaise. A 17 ans, il se convertit à un islam pur et
dur, rigoureux, avant de découvrir la voie soufie, moins légaliste et plus tolérante. L'islam aura permis à cet ancien délinquant d'être aujourd'hui «bien dans sa peau ».
Un besoin de spiritualité
A côté de ces jeunes que l'islam souvent sort du désarroi, la conversion est, pour un nombre non négligeable de personnes, le fruit d'une quête spirituelle.
Beaucoup de jeunes chrétiens arrêtent leur formation religieuse après l'enfance, avant d'être équipés pour faire face aux questions qui surgissent à l'âge adulte.
Dans ce contexte, la rencontre de l'islam peut séduire. Celui-ci prétend, ce n'est qu'un exemple, résoudre toutes les antinomies entre la foi et la science.
Une jeune étudiante algérienne disait, dans une conversation entre musulmans et chrétiens : « les découvertes sur le sida sont dans le Coran ».
Plus profondément,
l'islam répond à un besoin spirituel que la société contemporaine veut ignorer; ce faisant elle laisse insatisfaits beaucoup d'hommes et de femmes. Sur ce point, l'islam ressemble
à beaucoup d'autres religions. Bouddhisme, Pentecôtisme, New Age font recette. Le nombre d'adultes demandant le baptême augmente régulièrement depuis quelques années. Sur le site
«Elkalam », le témoignage de Noémie montre bien que l'islam est une réponse possible aux attentes spirituelles d'aujourd'hui.
« Je m'appelle Noémie ; j'ai 20 ans. Je viens d'un petit village de l'est, avec une population musulmane très minime. Toute ma famille est athée, je n'ai eu aucune éducation
religieuse. J'ai donc connu l'islam à 12 ans, en cours d'histoire. L'islam m'a alors vraiment passionnée. J'ai donc fait des recherches, j'ai lu beaucoup de livres et cela
pendant des années. J'étais aussi intéressée par l'art musulman. Au fil des lectures et de mon apprentissage, la foi est née, je ne sais pas précisément à quel moment, mais un
beau jour, je me suis dit que je devais devenir musulmane »
Mariages et conversions
Le mariage aussi est l'occasion de conversions. La législation n'est pas la même en islam et dans l'Eglise. Les hommes, chez les chrétiens comme chez les musulmans,
peuvent épouser, moyennant certaines conditions, une femme qui appartient à la religion de l'autre. Ainsi, les femmes chrétiennes peuvent s'allier à un musulman. En revanche,
la femme musulmane ne pourra faire alliance avec un non musulman qu'à condition que son prétendant se convertisse à l'islam. Il n'est pas rare que lorsqu'un musulman a épousé une
chrétienne, il fasse pression sur elle pour qu'elle rejoigne l'islam.
Reste à parler du qui fait des ravages : 51% de convertis sont recrutés par ceux qu'on appelle « les Tabligh » ou par les salafistes.

Peinture Jacques Aubelle
Ils deviennent chrétiens
Liberté de conscience
Le nombre des musulmans convertis au christianisme ne souffre pas la comparaison avec celui des musulmans devenus chrétiens. Leur existence mérite pourtant quon leur prête attention.
Il convient de distinguer les conversions au catholicisme et les conversions à certaines familles protestantes.
Les conversions au catholicisme sont assez rares. L'Eglise s'interdit tout prosélytisme. Il est fini le temps où l'on pensait que le baptême était le passage obligé pour accéder au
bonheur éternel. Le Concile voit l'action de Dieu au coeur de tout homme et de toute religion. Dans l'Eglise, aujourd'hui, les croyants font confiance à Celui que Jésus appelait
Esprit.
« L'Esprit, dit Jean-Paul II, se trouve à l'origine des idéaux nobles et des initiatives bonnes de l'humanité en marche. Il offre à l'homme lumière et force pour lui permettre de
répondre à sa très haute vocation » (Redemptoris Missio, 28).
En même temps qu'elle s'incline devant le travail de l'Esprit, l'Eglise est invitée au respect de la liberté de conscience. Celle-ci, dit le Concile « consiste en ce que tous les
hommes doivent être soustraits à toute contrainte, tant de la part des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu'en matière
religieuse nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience » (Dignitatis humanae, 2).
Discernement des motivations
Non seulement le prosélytisme est devenu suspect mais lorsqu'un homme ou une femme, musulman ou non, demande le baptême, on le soumet à une longue épreuve qu'on appelle catéchuménat.
Pendant deux ans le candidat est confié à une personne qui, bien sûr, l'initiera aux mystères du christianisme mais discernera aussi les motivations. Il est bien évident que si
celui qui demande le baptême se présentait pour des raisons d'intérêt personnel, par exemple dans l'espoir de voir s'améliorer sa situation administrative, on l'écarterait.
En réalité l'expérience prouve que ce refus de tout prosélytisme facilite le dialogue avec les musulmans; on se sent libres les uns devant les autres pour agir ensemble.
Comment vient-on de l'islam à l'Eglise catholique? On ne peut apporter de réponse générale. Comme pour un certain nombre de conversions à l'Islam, il s'agit de l'aboutissement
d'une recherche. Nous sommes dans une société pluraliste; la voie catholique est une possibilité susceptible de répondre aux attentes spirituelles de beaucoup. Cette remarque d'ordre
sociologique ne suffit pas aux croyants : un homme ou une femme qui cherche son chemin pour aller vers Dieu est sous l'emprise de l'Esprit.
Un courant fondamentaliste
Les conversions à certains courants protestants (évangéliques ou pentecôtistes), au moins trois fois supérieures à celles que connaît l'Eglise catholique, sont le fruit d'une
campagne acharnée. Ils seraient 10 000 en France à demander le baptême dans ce climat.
Le nom d'un leader se dégage : Saïd OUJIBOU, d'origine marocaine, converti au christianisme
évangélique à l'âge de 21 ans. Il se déplace beaucoup, de ville en ville, pour animer spirituellement ceux qu'on appelle « les chrétiens nord-africains ».
Ils sont regroupés,
de façon assez informelle, dans des équipes disséminées en France, à l'intérieur d'un réseau nommé « Oasis ». Il lui arrive de réunir plusieurs centaines d'ouailles dans la paroisse
réformée de Passy-Annonciation. Chaque dimanche, à Pantin ou à St Ouen, une soixantaine de « néo-convertis » se rassemble dans une ambiance chaleureuse ; on y prie en kabyle ou en
français et les chants ont des accents orientaux. La majorité rejoint les paroisses protestantes instituées.
Ces conversions, disent certains, s'expliquent par l'attrait qu'exerce la figure de Jésus en islam. Exemple de tendresse et d'amour, promesse de pardon, il peut fasciner des hommes
et des femmes. On cherche à le rejoindre en entrant dans le christianisme. Mais il ne faut pas nier, par ailleurs, que ces conversions sont le fruit d'une propagande active. Elle a
des conséquences en France mais il semble que les pays musulmans, en particulier, soient les cibles privilégiées de certains courants fondamentalistes américains.

Peinture Jacques Aubelle
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