La rubrique de Maurice Buttin

Maître Maurice BUTTIN a été longtemps Président du Comité France-Palestine.
Il est cofondateur du Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient
qu'il préside aujourd'hui.


Les expulsés palestiniens

Gaza : jusqu'où ira Israël ?

Il y a trente ans,
Sadate à Jérusalem


Sur un pélerinage en Terre Sainte


Relations chrétiens et musulmans
en Palestine et Israël


Le double faux prétexte d'Israël,
sa double erreur manifeste



Les expulsés palestiniens




Cet article avait été écrit pour notre bulletin. Ouest France a voulu le publier sous sa rubrique «Point de vue» le 16 mai 2008. De toute façon, ce texte mérite d'être relu.

60ème anniversaire de la Nakba

Une "Conférence internationale des Nations Unies" sur les réfugiés de Palestine s'est tenue au siège de l'UNESCO, les 29 et 30 avril derniers. Au moment où Israël célèbre l'anniversaire de sa création, cette Conférence marquait le 60ème anniversaire de la Nakba (catastrophe) vécue par le peuple palestinien et l'expulsion - dans la majorité des cas - de 700.000 des siens, obligés d'abandonner leurs terres, leurs foyers et leurs biens, au lendemain du partage de la Palestine mandataire en 1947, fait reconnu aujourd'hui par les "nouveaux historiens" israéliens.

Elle rappelait en même temps, la résolution 194 prise par l'Assemblée générale de l'ONU, le 11 décembre 1948, décidant de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible... le versement d'indemnités à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer et pour tout bien perdu ou endommagé, lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités responsables.

Cette résolution a été reprise 130 fois par l'Assemblée générale, sans suite de la part du gouvernement israélien. Six décennies se sont ainsi écoulées et les Palestiniens demeurent toujours des réfugiés !

Dès l'origine, l'ONU s'est penchée sur ce problème, et en 1950 a décidé la création de l'UNRWA (L'Office de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), organisme fournissant des services d'éducation et de santé, des secours et des services sociaux.

Les 3/4 d'un peuple sont des réfugiés

Plus de 4.500.000 réfugiés sont enregistrés aujourd'hui à cet organisme, en tenant compte des 300.000 réfugiés de plus du fait de la guerre des Six jours, en 1967 et de leurs descendants. Ils ne représentent pas pour autant tous les réfugiés palestiniens, demeurant au Liban, en Syrie, en Jordanie, en Cisjordanie même et à Gaza. Selon l'un des experts à la Conférence, il y a plus d'un million de personnes qui ne sont pas inscrites à l'UNRWA, du fait qu'à l'origine ne s'inscrivaient que les Palestiniens ayant besoin de soins et de vivres. L'ensemble de ces hommes, femmes enfants, représentent les 3/4 du peuple palestinien !

Aucun groupe de réfugiés dans l'histoire moderne n'est resté réfugié si longtemps. Or, l'admission de l'Etat d'Israël à l'ONU en 1949, a été soumise à deux conditions : la reconnaissance de la résolution 181 (le partage de la Palestine) et 194 (le retour des réfugiés). Pour montrer sa "bonne volonté" Israël a accepté le retour de quelques dizaines de milliers de réfugiés... Mais la majorité n'ont pas pu retourner chez eux, plus de 500 villages ayant été rayés de la carte par l'armée israélienne. Ils se sont donc installés, notamment à Nazareth, et sont devenus des "réfugiés de l'intérieur" !



Une résolution de l'ONU d'importance historique

En 1994, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté une autre résolution (3236) d'une importance historique  : elle réaffirmait " les droits inaliénables du peuple palestinien, notamment le droit à l'autodétermination, le droit à l'indépendance et à la souveraineté nationale et le droit de regagner leurs foyers et de recouvrer leurs biens pour les Palestiniens qui ont été déplacés et déracinés". Et, l'année suivante, l'Assemblée générale a créé le Comité pour l'exercice de ces droits inaliénables, présidé aujourd'hui par le Sénégal. Renouvelé chaque année, ce Comité a été élargi à diverses activités, visant à sensibiliser l'opinion publique, notamment par l'organisation de Conférences internationales comme celle-ci.

L'Etat de Palestine a été proclamé le 15 novembre 1988 par le Conseil national palestinien, siègeant à Alger, sur les seuls 22 % de la Palestine mandataire occupés en 1967. Comme chacun le sait, Israël a refusé de reconnaître cette proclamation et l'OCCUPATION demeure le point central du conflit, la source de toutes les violences, comme le dénonce en permance le patriarche latin palestinen, Mgr. Sabbah.

Or, à en juger par la manière dont Israël a agi depuis sa création et continue à agir par la "politique du fait accompli" sur le terrain - chère à son père fondateur, I. Ben Gourion - il est certain qu'Israël n'est pas prêt à mettre fin à cette occupation : les colonies, les routes de contournement, le mur de l'apartheid pénétrant en territoire palestinien, la confiscation de biens, de terres agricoles, de ressources en eau, se multiplient - toutes mesures en violation flagrante du droit international, et en particulier de la 4ème Convention de Genève de 1951.

Violation flagrante du droit international

Cela étant, tous les intervenants ont sigmatisé les arguments avancés par certains Israéliens pour justifier le refus de reconnaître le droit au retour des Palestiniens, chassés voici quelques dizaines d'années... alors que les Juifs du monde entier bénéficient, eux, d'un tel droit, depuis une loi israélienne de 1950, mettant en avant un droit au retour vieux de... 2000 ans ! Tous ont dès lors souligné que les réfugiés palestiniens ne renonceraient jamais à leur droit.

Il devrait désormais être évident pour chacun d'entre nous, qu'outre la fin de l'occupation de la Palestine et la destruction des colonies, la reconnaissance par Israël du droit au retour des expulsés palestiniens est la condition sine qua non pour le rétablissement de la paix au Proche-Orient. Comme l'a si bien dit, lors d'une des dernières interventions, notre ami Elias Senbar, ambassadeur de Palestine auprès de l'UNESCO, ce droit est un droit existentiel pour le peuple palestinien, non discutable. Autre chose peut être, par la suite, l'application de ce droit.


 


Gaza : jusqu'où ira Israël ?




Ces lignes ont été écrites le 8 octobre 2007. Depuis cette date, la situation à Gaza s'est modifiée mais les raisons de l'indignation de Maurice BUTTIN demeurent.

En 2005, le gouvernement israélien a décidé le désengagement de la bande de Gaza, tant des militaires qui l'occupaient que des colons installés par lui. Geste conciliant envers le peuple palestinien, ont clamé les dirigeants occidentaux. Voire ! Dans la réalité, l'économie israélienne ne pouvait plus supporter le coût exorbitant de l'occupation. De toutes façons, ni les frontières, ni le territoire maritime ni l'espace aérien de Gaza n'ont été libérés.

En janvier 2006, la victoire du Hamas à des élections tout à fait régulières, n'a été reconnue ni par Israël ni par les Etats-Unis - ces donneurs de leçon de démocratie - ni, de facto, par les Etats européens. Tout a été fait dès lors pour en arriver à la crise actuelle inter palestinienne : le « coup d'Etat » du parti islamiste qui a entraîné la rupture, décidée par le président Mahmoud Abbas, entre l'Autorité palestinienne et le Hamas devenu tout puissant à Gaza. Et de dramatiques affrontements entre partisans de ce parti et ceux des autres partis politiques en particulier du Fatah.

Ces dernières semaines, profitant de la situation, et sous le prétexte de tirs de roquette des résistants palestiniens, qualifiés comme toujours de terroristes, le gouvernement israélien a déclaré Gaza «  entité hostile », se réservant le droit de « ne plus alimenter les 1,5 millions de gazaoui en électricité, eau et produits de première nécessité » ! Décision insensée, véritable punition collective contraire au droit international - dont il est vrai, Israël s'est toujours moqué   - et à la morale la plus élémentaire : un peuple entier, souvent bombardé, qui se bat pour son indépendance depuis plus de quarante ans, risque désormais d'être affamé !


 


Il y a trente ans,
Sadate à Jérusalem




Le Proche-Orient est sans doute le point du monde où la politique interpelle la conscience humaine avec le plus de gravité. C'est pourquoi Maurice BUTTIN intervient dans chacune de nos publications.

Une quatrième guerre israélo-arabe

Il y a trente ans, Sadate à Jérusalem.
Le 6 octobre 1974, une quatrième guerre israélo-arabe éclate. Pour la première fois ce sont les arabes qui déclenchent les hostilités en vue de libérer les terres occupées en 1967. Israël en est surpris : le pays est en pleine fête du Yom Kippur (Le Grand Pardon). De leurs côtés, Egypte et Syrie célèbrent le Ramadan !

Les troupes égyptiennes ont un premier succès. Elles arrivent à franchir le canal de Suez, tandis que les chars syriens pénètrent sur les hauteurs du Golan. Mais, bien vite les Israéliens se reprennent et leur aviation domine à nouveau l'espace aérien. L'armée Sharon traverse à son tour le canal de Suez, occupe Suez et est prête à marcher sur Le Caire le 25 octobre, encerclant au passage l'armée égyptienne restée de l'autre côté du canal.

Le risque d'un conflit mondial

Sadate fait appel à ses alliés russes. Les Etats-Unis interviennent en faveur d'Israël. Sommes-nous à la veille d'une troisième guerre mondiale ?

En fait, rapidement les Etasuniens en accord avec les Soviétiques proposent aux deux belligérants le plan d'un conseiller de Nixon, Kissinger, et le 27 octobre un cessez le feu met fin au conflit.
Entre-temps, il est vrai, la première « Guerre du pétrole » a aussi éclaté : le 17 octobre, les pays arabes producteurs ont décidé de réduire leur production et d'augmenter le prix du baril (passé alors à 5 ou 8 dollars - Il est, aujourd'hui, de plus de 80 dollars !).

L'objectif espéré n'a pas été atteint. Mais le prestige du président Sadate est accrû par les succès initiaux de son armée et par le commencement de retrait des Israéliens du Sinaï envisagé par le plan Kissinger, et accepté dans le cadre d'un accord israélo-égyptien, le 18 janvier 1974.

L'impossible devient réalité

Fort de son autorité, conscient de la supériorité militaire d'Israël et de l'arrivée au pouvoir de la droite, en juin 1977, pour la première fois depuis la création de l'Etat d'Israël, Sadate décide de frapper un grand coup et se rend à Jérusalem pour proposer la paix !

Evénement inouï au Proche-Orient. L'impossible depuis toujours devenu réalité ! Le raïs égyptien, le successeur de Nasser en 1970, le leader du plus grand pays arabe, le plus hostile depuis sa création à l'Etat d'Israël, a eu le courage de se rendre en Israël, malgré les critiques acerbes de ses pairs et du monde arabe en général !

L'Egypte enfin libre

On connaît les conséquences qui allaient suivre pour l'Egypte - après les accords égypto-israéliens de Camp David en septembre 1978 - la signature d'un traité de paix avec Israël, en mars 1979, permettant au pays de retrouver tous ses territoires. Les colonies construites dans le Sinaï sont même détruites par le général Sharon ! Au premier trimestre 1982, l'Egypte est enfin libre. Mais le président Sadate a payé de sa personne son voyage à Jérusalem : en octobre 1981, il a été assassiné.

«Pas de paix sans les palestiniens»

Lors de son discours historique du 20 novembre 1977 à la Knesset, le président Sadate n'a pas oublié le peuple palestinien. Mais les Israéliens, comme leurs fidèles alliés étatsuniens, comme hélas tous les dirigeants des pays occidentaux dans leur lâcheté - égale au demeurant à celle des dirigeants arabes - ont oublié les paroles prophétiques qu'il a prononcées : « en ce qui concerne la cause palestinienne, personne ne peut nier qu'elle constitue le noeud de toute l'affaire. En toute sincérité je vous dis qu'il ne peut pas y avoir de paix sans les Palestiniens.

La bataille de la paix

C'est une grave erreur aux conséquences imprévisibles d'oublier ou de mettre de côté cette cause ».

De ce discours, les journaux de l'époque ont dégagé les conditions pour que soit gagnée la bataille de la paix :
- La fin de l'occupation par Israël des territoires arabes, y compris du secteur palestinien de Jérusalem, La Ville sainte devant être une ville ouverte à tous les croyants.
- La réalisation des droits fondamentaux du peuple palestinien, notamment son droit à l'autodétermination et à édifier un Etat indépendant.
- Le droit pour tous les Etats de la région à vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres et garanties par des dispositions internationales.

Ce sont les propositions reprises et confirmées par les Sommets des Etats arabes en 2002 à Beyrouth et en mars 2006 à Ryad.

Aujourd'hui, trente ans après, George W.Bush, défait en Irak, au sondage le plus bas dans son pays, cherche une sortie honorable en proposant une conférence internationale en novembre, en qualifiant de priorité la résolution du conflit israélo-palestinien ! Mais, est-il capable d'imposer quoi que ce soit à Israël ? « Si cette conférence n'est pas globale (avec les volets syriens et libanais) et si elle ne s'attaque pas aux questions fondamentales - Jérusalem, le tracé des frontières, le sort des réfugiés - elle n'a aucun intérêt » a déclaré le ministre saoudien des Affaires étrangères, doutant alors de la participation de son pays, suivi en cela par le leader palestinien, Mahmoud Abbas. Malgré tous les beaux discours d'Olmert, les Israéliens ne sont toujours pas prêts à s'engager dans de véritables négociations - sionisme oblige ! - et se réfugient toujours derrière le soi disant « terrorisme palestinien » !

La violence finira avec la paix

A ce sujet, Mgr Sabbah, patriarche catholique de la Terre sainte déclarait pour sa part voici quelques années : «Attendre la fin de la violence, cri des pauvres, des opprimés, résistance naturelle d'un occupé, pour faire la paix, c'est dire qu'il n'y aura jamais la paix. La violence en revanche finira avec la paix. L'arme du 'terrorisme' n'est qu'un prétexte. Dès que la dramatique situation d'injustice cessera, il n'y aura plus de terrorisme ».

Paris le 3 octobre 2007


 


Sur un pélerinage en Terre Sainte




Maître Buttin n'est pas seulement président du Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient. Il est aussi un catholique pratiquant dans une paroisse de Paris. Deux raisons pour s'exprimer à propos d'un voyage de son archevêque en Terre-Sainte.

L'invitation de l'Université de Tel-Aviv

Mgr Vingt-Trois, archevêque de Paris, a conduit en février dernier un pèlerinage en Terre Sainte, de près de 600 pèlerins et journalistes, à l'invitation du ministère israélien du tourisme.

Comme le rappelle le compte rendu de l'archevêché, « l'objet premier de ce pèlerinage était l'invitation de l'Université de Tel-Aviv à donner une conférence avec le Grand Rabbin d'Israël, sur le thème «  Sécurité et éthique ».Et cette initiative a marqué une nouvelle étape dans le dialogue des chrétiens avec les juifs, dont nous ne pouvons que nous réjouir, de même que de l'appel de l'archevêque à la vigilance contre l'antisémitisme.

Mais les pèlerins se sont aussi rendus à Bethléem, où le maire palestinien chrétien, membre du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) les a reçus. Il ne leur a pas caché le drame que vit sa ville « clôturée, isolée, coupée de sa ville soeur Jérusalem » et a conclu son intervention en dénonçant la «  surdité d'Israël, fabrique de terroristes ».

«Nous établissons un passage»

Dans sa réponse, Mgr Vingt-Trois a fait état, lui aussi, de la clôture de la ville :
« On sait qu'il y a un mur, mais il faut le voir avec ses yeux. On n'a pas besoin de beaucoup d'explications pour comprendre, quand on a vu. Et nous avons vu des deux côtés du mur.» Et d'ajouter : « Il ne s'agissait pas simplement de voir la souffrance, les conséquences de la situation politique, les drames humains que vous avez évoqués, mais aussi de constater la vitalité et la force de votre peuple et de votre communauté chrétienne/.../ sa confiance dans l'avenir, d'une volonté de vivre, et de vivre dans sa terre et dans sa famille, et de vivre dans sa tradition/.../ Avec l'espérance que cela peut s'accomplir dans la paix et non pas dans l'extermination ».

En revenant au « mur », Mgr Vingt-Trois a poursuivi : « Ce qui me paraît important, c'est de faire ce que le Pape Jean-Paul II a fait/... / remplacer pour quelques instants le mur par un pont. Par le fait que nous franchissons le mur, nous établissons un passage. Je pense que de ce côté du mur, comme de l'autre côté, il y a des hommes et des femmes qui savent que l'avenir ici ne sera possible que si quelqu'un fait des ponts et arrive à trouver une solution pour que tous puissent vivre sur cette terre dans le respect de leurs droits ».

Les paroles de Jean-Paul II

Belles et profondes paroles, certes, mais sans évocation pour autant de la terre de Palestine, voire du peuple palestinien - arabes chrétiens et arabes musulmans confondus- ; de l'occupation de cette terre par Israël depuis bientôt quarante ans ; de l'impossibilité de ces Chrétiens et ces Musulmans de se rendre sur leurs Lieux Saints depuis 1993 ; de la construction du « Mur de l'Apartheid » depuis quatre ans en partie sur cette terre palestinienne la fragmentant en petits « bandoustans », empêchant un peuple tout entier de se déplacer, de se soigner, de travailler ou de s'instruire, tout simplement de vivre !

Au printemps 2000, lorsque Jean-Paul II s'était rendu à Bethléem, ne l'oublions pas, ce sinistre mur n'était pas encore construit, voire envisagé. Or, ses paroles concernant les Palestiniens avaient été beaucoup plus fortes : « Personne ne peut ignorer combien le peuple palestinien a dû endurer de souffrances au cours des dernières décennies. Votre tourment est sous les yeux du monde. Et il a duré trop longtemps. Le Saint-Siège a toujours reconnu que le peuple palestinien a le droit naturel à une patrie/.../Mes prédécesseurs et moi-même avons toujours répété qu'il n'y aurait pas de fin à ce triste conflit en Terre sainte, sans que soient garantis tous les droits des peuples impliqués sur la base des lois internationales, résolutions et déclarations des Nations Unies. C'est seulement dans le cadre d'une paix juste et durable - non pas imposée mais obtenue par la négociation - que les légitimes aspirations palestiniennes seront satisfaites. Seulement alors la Terre sainte verra la possibilité d'un avenir radieux ».

Paix, « non pas imposée, mais obtenue par la négociation ». C'est tout le contraire que recherchent les dirigeants israéliens depuis l'assassinat d'I. Rabin le 4 novembre 1955 !

Paris le 11 mars 2007


 


Relations chrétiens et musulmans
en Palestine et Israël




Maître BUTTIN nous rappelle que loin d'être un nid de terrorisme, la Palestine est un lieu où la relation entre musulmans et chrétiens est mise à mal par la volonté de ceux qui cherchent à diviser pour mieux régner.

1968, l'OLP proposait un Etat séculier

Traditionnellement, ces relations sont bonnes. La Palestine a toujours été un pays d'accueil, notamment aux pèlerins venus du monde entier. Ces relations ont été consolidées par la lutte nationale commune des uns et des autres contre l'occupant israélien. Grosso modo, on peut dire qu'elles demeurent telles jusqu'à présent.

Certes, il faut reconnaître que la religion musulmane a commencé à jouer un rôle de plus en plus grand dans ce combat. Pour une telle lutte, il est normal qu'un peuple mobilise toutes les énergies dont il peut disposer et pour un musulman la religion est une source considérable d'énergie. Cela ne veut pas dire pour autant, loin de là, que tous les musulmans qui font appel à la religion dans cette lutte nationale sont des islamistes extrémistes. Dans sa charte de 1968, l'OLP proposait la vision d'un seul Etat sur l'ensemble de la Palestine, un Etat séculier où tous seraient égaux, sans distinction d'origine, de nation ou de religion. Des années après, l'acte de naissance de la Palestine, proclamé en Alger le 15 novembre 1988, dans le cadre cette fois des seules frontières de 1967 (les lignes d'armistice de 1949) évoquait entre autres, non seulement la liberté religieuse dans le pays, mais aussi la liberté de conscience, seul Etat arabe à l'admettre ! Encore aurait-il fallu que l'occupant israélien - toujours présent hélas plus de 18 années après - accepte de reconnaître cet Etat palestinien. Demain, toute nouvelle Constitution ne parlera plus ni d'Etat séculier ni de liberté de conscience. L'islam, religion de la grande majorité de la population, sera proclamée religion de la Palestine, tout en affirmant l'égalité et la liberté des autres religions. A ce sujet, Mgr Sabbah déclarait au Monde le 18 mai dernier, « les chrétiens n'ont, pour le moment, aucune crainte particulière. J'ai reçu le premier ministre Ismaël Haniyeh, qui nous a donné toute assurance quant à l'avenir des établissements chrétiens. »

Des mouvements islamistes fondamentalistes

Des mouvements islamistes fondamentalistes se sont développés, certes. Il faut savoir qu'à l'origine, ils ont été favorisés par Israël, dans la volonté de diviser les Palestiniens. Or, aujourd'hui, ils sont sans doute la principale force contre l'occupant ! C'est la principale raison du succès du Hamas aux dernières élections, de janvier 2006. Le conflit a trop duré. La situation est bloquée par la politique israélienne qui, contrairement aux dires de ses dirigeants, ne recherche toujours pas la paix, mais le développement de l'occupation.

Dans ces conditions, cette situation constitue un terreau fertile pour l'extrémisme. Mais nous avons à faire surtout à un mouvement nationaliste, non, a priori, à un parti anti chrétien. Mgr Sabbah le dit dans le même interview, « le Hamas est lié à un peuple en guerre. Il faut cesser de le boycotter. Ce n'est pas le terrorisme mondial ».

Des confusions au niveau de la rue

Il est vrai que si cela ne pose aucun problème au niveau des hauts responsables, chrétiens ou musulmans, ces mêmes distinctions ne sont pas toujours faites aussi clairement au niveau de la rue et de certaines mosquées de quartier ! Là, il est possible d'entendre parfois un discours qui a plus que tendance à assimiler les chrétiens avec les puissances occidentales hostiles, liées à Israël. Une intervention auprès de l'Autorité palestinienne met rapidement fin à ces discours.

«Nous sommes partie prenante de la société palestinienne»

On comprend néanmoins que certains chrétiens se posent des questions pour l'avenir. Quelle sera leur place si, au-delà du combat contre l'occupant, le Hamas mettait son projet quant à la vision de la société de demain à exécution.

Citons encore Mgr Sabbah : « Les craintes, les erreurs existent, mais c'est à nous de les gérer. Pendant treize siècles, avec des moments faciles et d'autres plus difficiles, on a su cohabiter. Les difficultés actuelles ne seront pas résolues par des accusations, par des peurs, mais par la discussion. La Palestine est notre terre. Nous ne sommes pas des étrangers, des missionnaires. Nous sommes partie prenante de la société palestinienne. »

La permanence de l'occupation.

Il est dès lors très important de refuser tout discours qui évoquerait une persécution des chrétiens dans les territoires occupés de Palestine, soit par le peuple, soit par les autorités. Sachez-le, ceux qui l'invoquent ne sont pas intéressés par le sort des chrétiens. Il s'agit simplement pour eux de discréditer, tantôt l'Autorité palestinienne, tantôt celle du Gouvernement Hamas. On constate d'ailleurs à l'heure qu'il est, beaucoup plus d'incidents entre musulmans et musulmans! La cause principale est la permanence de l'occupation.

On a pu le constater plus d'une fois, les musulmans ouverts préfèrent aussi une autre solution que celle que préconisent les fondamentalistes. Celle-ci limite en effet la liberté des musulmans avant même celle des non-musulmans. De ce point de vue, il est clair que la meilleure manière de travailler pour le maintien de la présence chrétienne en Palestine est d'oeuvrer pour la fin de l'occupation et la reconnaissance, enfin, des droits inaliénables du peuple palestinien.


 


Le double faux prétexte d'Israël
sa double erreur manifeste



Aux premiers jours de l'agression

A l'heure où j'écris ces lignes, un cessez-le-feu vient d'entrer en vigueur au Liban. Combien de temps tiendra-t-il ? Israël, qui maintient son embargo aérien et maritime sur le Liban, est, de facto, autorisé, par la résolution 1701 du Conseil de Sécurité, à mener des opérations « défensives » ! Or, l'on sait ce que cela veut dire pour ses dirigeants qui, depuis la création de l'Etat hébreu, n'ont mené, selon eux, que des opérations de ce genre pour le « sauver d'une totale destruction».

Mais venons aux premiers jours de la double agression israélienne. En apparence tout a commencé le 25 juin dernier lorsqu'un groupe de Palestiniens armés a enlevé un jeune caporal israélien, en lisière de la bande de Gaza, « dans une offensive de longue haleine contre les organisations terroristes ». D'où la destruction de la centrale électrique, de ponts, de diverses infrastructures, d'habitations, entraînant de nombreuses victimes. Dans la foulée, l'armée israélienne enlevait en Cisjordanie une soixantaine d'élus et dirigeants du Hamas, dont huit ministres ! Cette nouvelle agression, ces enlèvements, n'avaient en fait qu'un seul but : tenter de revenir sur les libres élections de janvier, de démembrer le mouvement islamique, de diviser les Palestiniens, et surtout, surtout, d'empêcher la ratification de l'accord « d'entente nationale » qui venait d'intervenir entre les représentants du Fatah et du Hamas. Si la « destruction de l'Etat d'Israël » n'est plus à l'ordre du jour, que devient la thèse sioniste, si régulièrement claironnée par ses thuriféraires français.

Au grand étonnement du monde entier

Le deuxième prétexte fut quasi identique à la suite de l'enlèvement, le 12 juillet, de deux soldats israéliens à la frontière nord d'Israël par la milice libanaise du Hezbollah. L'incident était jugé bien venu pour tenter une fois pour toutes d'écraser cette milice, qui, elle aussi, de temps à autre, lançait des roquettes sur Israël, pour rappeler à ce pays que depuis des lustres il occupe encore une partie du Liban, la région des fermes de Chebaa, comme par hasard riche en eau ! Déjà en 1982 Israël avait envahi le Liban dans le but de briser à tout jamais l'OLP et son leader Yasser Arafat ! De nouveau l'armée israélienne, par sa puissante artillerie et ses raid aériens, a, en cinq semaines dévastatrices, détruit une partie du pays, fait des milliers de morts et de blessés dans la population civile sans pour autant démanteler le Hezbollah qui lui a résisté farouchement, n'a jamais cessé d'envoyer cette fois des centaines de roquettes sur Israël, au grand étonnement du monde entier et des Israéliens d'abord, bien sûr !

Résistance au terrorisme?

En commettant ces agressions, Israël a, une fois de plus, démontré que, contrairement aux dires de ses dirigeants, il n'a jamais recherché la paix depuis 1967, sauf l'un d'entre eux, Y.Rabin - assassiné dès lors par les siens. Il occupe toujours la Palestine - proclamée le 15 novembre 1987 à Alger par le Conseil national palestinien dans les limites de la « ligne verte » -, une partie du Liban et de la Syrie. Et tant qu'il ne se décidera pas à cesser ces occupations, il se trouvera toujours des hommes courageux, des résistants, en Palestine comme ailleurs, pour lui faire face. Souvenons-nous de la « prophétie » du Général de Gaulle, lors de sa conférence de presse du 27 novembre 1967 : « Israël organise, sur les territoires qu'il a pris, l'occupation qui ne peut aller sans son oppression, répression, expulsions, et il s'y manifeste contre lui, une résistance qu'à son tour, il qualifie de terrorisme ».


 
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