La rubrique de Maurice Buttin

Maître Maurice BUTTIN a été longtemps Président du Comité France-Palestine.
Il est cofondateur du Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient
qu'il préside aujourd'hui.


La réconciliation historique Fatah - Hamas

La rue arabe a bougé

Le printemps arabe et le conflit israélo-palestinien
Colloque organisé au Sénat par le CVPR-PO
Palais du Luxembourg, le samedi 19 novembre 2011, de 9 h à 18 h.


L'instrumentalisation des religions dans le conflit israélo-palestinien
Actes du colloque organisé au Sénat par le CVPR-PO

15 Mai 1948 - 15 mai 2010 :
la NAKBA, 62 ans déjà !


Attention pélerinages !

Le rapport Goldstone

Le séjour politique de Benoît XVI en Terre-Sainte

Chrétiens et musulmans au coude à coude

Retour de Palestine

Mahmoud Darwich n'est plus

La réconciliation historique Fatah - Hamas



Le printemps arabe et le changement de la politique extérieure égyptienne auront eu comme conséquence heureuse, la rencontre, à Damas le 3 mai 2011, de Mahmoud Abbas et du chef du Hamas en exil. Mais les réactions occidentales, une fois de plus, auront justifié la colère de bien des arabes, humiliés par les exigences imposées au Hamas et le silence devant le comportement d’Israël.

3 mai 2011 : un face à face historique

Le 27 avril 2011, après quatre années d’opposition, voire de violences fratricides, et de vaines tentatives de rapprochement, les deux rivaux palestiniens faisaient état, au Caire – à l’étonnement de tous les observateurs et chancelleries – de leur accord, sous l’égide de l’Egypte, pour former un gouvernement de transition, composé de personnalités indépendantes ou de technocrates, en vue d’élection présidentielle et législative au même moment, d’ici une année. Et, dans un communiqué publié le 30 avril, à Gaza, le Premier ministre du gouvernement Hamas, Ismaïl Haniyey, déclarait être « prêt à remettre (sa) démission dans le cadre de cet accord », ajoutant : « Il est très important, il faut multiplier les efforts pour mettre fin aux divisions et favoriser l’unité des Palestiniens ».

Le 3 mai, les représentant de treize factions palestiniennes paraphaient cet accord. Le lendemain, au cours d’une cérémonie solennelle, en présence du Secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, du coordinateur spécial de l‘ONU pour le processus de paix au Proche-Orient, et, au grand dam d’Israël, de 3 députés arabes israéliens, le président Mahmoud Abbas et le chef du Hamas en exil à Damas, Khaled Mechaal, se retrouvaient face à face, pour la première fois depuis juin 2007 et la prise de pouvoir du Hamas à Gaza.

Euphorique, le président Abbas s’écriait : « Nous annonçons que nous tournons pour l’éternité la page noire de la division » ! De son côté, Khaled Mechaal affirmait : « Notre seul combat est contre Israël (…). Le temps de la division est résolue (…). Le Hamas participera à la lutte pour l’établissement d’un Etat palestinien (…) en Cisjordanie et à Gaza, avec Jérusalem-Est comme capitale, sans renoncer au droit de retour des réfugiés ».

Comment expliquer cet accord ? Quels facteurs se sont modifiés depuis ces quatre années ?

Un fruit du printemps arabe

Incontestablement au premier chef, le « Printemps arabe ». Depuis des semaines, à l’exemple de leurs frères de Tunisie ou d’Egypte, les jeunes Palestiniens - de la « Coalition du 15 mars » - tant de Cisjordanie que de Gaza, réclamaient non la « chute du régime » mais « la fin de la division », lors de rassemblements publiques. Et de grandes manifestations de joie ont souligné dans les deux parties de la Palestine ce retour à l’unité du peuple palestinien.

Ce n’est pas la seule raison.
Les deux organisations étaient à un tournant : le Fatah, et sa politique de négociations, qui demeurait sans succès face au refus de facto du Gouvernement israélien ; le Hamas, qui, même en continuant à évoquer la résistance face à Israël, cherchait à maintenir un cessez-le-feu, et à l’imposer aux autres factions de la bade de Gaza, notamment aux salafistes. Comment, par ailleurs, ne risquait-il pas de perdre son influence sur la population de Gaza soumise au très dur blocus israélien ?

N’oublions pas aussi, les événements qui se déroulaient alors en Syrie, un de ses alliés principaux. Politiquement, en effet, si le Hamas est allié avec le pouvoir syrien, la terrible répression frappant le peuple syrien, en particulier les sunnites, dont le Hamas est idéologiquement proche, créait un facteur le déstabilisant. Un rapprochement avec le Fatah, donc indirectement avec l’Egypte, devenait une nécessité et ne pouvait que lui être profitable.

La politique extérieure égyptienne

Cet accord est bien aussi dû au changement attendu de la politique extérieure égyptienne. Moubarak ne recherchait pas, loin de là, l’unité entre les deux frères ennemis palestiniens. Il craignait par la suite le développement en Egypte des Frères musulmans pourchassés sous son règne. Or, aujourd’hui, les Frères musulmans s‘apprêtent à participer au futur gouvernement issu des élections de septembre. La situation n’est donc plus la même. Et si les militaires encore au pouvoir ont fait savoir à Israël qu’ils ne remettraient pas en cause le traité de paix signé en 1979, ils n’en ont pas moins décidé – à la très grande joie des Gazaouis et à la fureur des Israéliens – d’ouvrir à titre permanent, à compter du 28 mai, le terminal routier de Rafah, à sa frontière avec la Bande de Gaza dont la fermeture n’était pas prévue dans le dit traité !

Autre élément, Mahmoud Abbas ne pouvait envisager de présenter la candidature de l’Etat de Palestine à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre sans qu’il y ait d’abord réconciliation avec le Hamas.

Comme il fallait s’y attendre, Israël a dénoncé cet accord comme un coup dur pour la paix. Benyamin Netanyahou est allé jusqu’à affirmer : « L’autorité palestinienne doit choisir : ou faire la paix avec Israël, ou faire la paix avec le mouvement terroriste Hamas. J’espère qu’il fera le bon choix ». « Oubliant » que quelques semaines auparavant il avait affirmé ne pas pouvoir faire sérieusement la paix avec Mahmoud Abbas, parce qu’il ne représentait pas le peuple palestinien de Gaza sous la coupe du Hamas !

Contradictions israéliennes

Des menaces ont même étaient proférées par le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman : « Nous disposons d’un vaste arsenal de mesures, telles que la suppression du statut de VIP pour Mahmoud Abbas et le Premier ministre, Salam Fayyad, ce qui ne leur permettrait plus de circuler librement en Cisjordanie ». Pour lui, il est évident que les élections à venir permettront au Hamas de prendre le contrôle de la Cisjordanie, après celui de Gaza… Le chef sortant du Shin Beth (le service de sécurité intérieur israélien) a estimé pour sa part « quasi nulles les chances d’une véritable réconciliation » !

Ces propos ont suscité de vives réactions de la part des Palestiniens « Choisir entre le Hamas et la paix est une ingérence inacceptable » a déclaré le porte parole de Mahmoud Abbas.

La Communauté internationale, de son côté, a accueilli favorablement l’accord, mais en pressant le Hamas d’accepter les principes du Quartet (Etats-Unis ; Russie ; U.E. ; ONU) exigeant la reconnaissance d’Israël, la renonciation à la violence et le respect des accords de paix.

Chacun aura, hélas, compris qu’une fois de plus les peu courageux dirigeants occidentaux n’exigent rien d’Israël. Ni l’application des résolutions de l’ONU : 181, 194 ou 242 ; ni la fin de l’occupation et la reconnaissance de Jérusalem-Est comme la capitale de l’Etat palestinien, proclamé par le Parlement palestinien (CNP) en exil, le 15 novembre 1988 en Algerie ; ni même l’arrêt des constructions en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées, comme pourtant prévu par les principes du Quartet !



La rue arabe a bougé



« La révolte du peuple égyptien est une mauvaise nouvelle pour les Israéliens ». Maurice Buttin pense que les événements qui se déroulent aujourd’hui dans l’ensemble du monde arabe auront des effets sur le conflit israélo palestinien.

Le citoyen arabe n'est plus ce qu'il était

En écrivant cet article, je ne m’éloigne pas de ma chronique habituelle sur la Palestine et sur le conflit israélo-palestinien, comme nous le verrons - n’en déplaise à André Glucksmann (Cf. Le Monde du 19 février). Au lendemain des révolutions que les peuples arabes viennent de vivre en Tunisie, puis en Egypte, puis en Lybie, le problème palestinien, cause centrale du monde arabo-musulman - et notamment celui de Jérusalem - depuis des décennies, reviendra à la une des journaux.

La « rue arabe » a bougé. La révolte a grondé. Un tremblement de terre révolutionnaire a frappé d’abord la Tunisie, puis le plus grand des pays arabes, l’Egypte. Le 14 janvier dernier, le dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis plus de 23 ans, s’est vu contraint de fuir la Tunisie, chassé par la « révolution du Jasmin ». Moins d’un mois après, le 11 février, c’était au tour du président Hosni Moubarak, au pouvoir, lui, depuis près de 30 ans, de fuir Le Caire sous la pression de centaines de milliers de manifestants, chaque jour rassemblés sur la place Tahrir. En Lybie, le départ du dictateur Mouammar Khadafi, au pouvoir, lui, depuis plus de 40 ans a été retardé, hélas ! par une sanglante répression, dernière tentative de survie à la révolution en marche.

A court ou moyen terme, ces soulèvements populaires auront des répercussions sur l’ensemble des pays arabes du Machrek et du Maghreb : ou leurs dirigeants opteront rapidement pour un changement de politique à l’égard de leur peuple, ou leur sort sera celui de Ben Ali et consorts.

Le « monde arabe » s’est réveillé ! Révolté par l’absence de liberté depuis des lustres ; le chômage - en particulier celui des diplômés - ; la corruption au profit de ceux d’en-haut, qui ont par là accumulé à leur profit les richesses des pays ; l’humiliation quotidienne de ceux d’en-bas par les services répressifs, le citoyen arabe n’est plus ce qu’il était il y a encore quelques semaines ! Il a prouvé qu’il pouvait faire tomber des chefs d’Etat, apparemment indéboulonnables. Il a montré au monde que ce qui paraissait impossible est devenu possible !

Chrétiens et musulmans, main dans la main

Une remarque très importante, particulière à l’Egypte. C‘est main dans la main que musulmans et chrétiens ont chassé le tyran ! Nous sommes bien loin de la crainte du commencement d’une « guerre des religions » annoncée en Occident, au lendemain de la terreur voici quelques semaines dans une église de Bagdad ou dans une église d’Alexandrie, la nuit de la Saint-Sylvestre. Il faudra d’ailleurs demain retrouver les vrais commanditaires de ces massacres, qui ne seront peut-être pas ceux à qui l’on a un peu trop vite pensé…

Le « spectre des Islamistes » est pourtant revenu à la une de quasi tous les médias occidentaux - et pas seulement occidentaux -! Certes, faire tomber des dirigeants honnis est une condition nécessaire mais pas suffisante, pour voir instaurée du jour au lendemain la démocratie. Elle demandera des mois et des mois avant d’être réalité. Mais, pourquoi, immédiatement, évoquer « le syndrome du shah d’Iran » (rappelé par Bruno Frappat dans La Croix du 12/13 février), chassé de son trône en 1979, pour voir une contre-révolution triompher, quelques temps après, avec les Ayatollahs ? Pourquoi ne pas évoquer, en revanche, le renversement, au cours des dernières années du XXème siècle, de tous les dictateurs d’Amérique du Sud, les divers pays s’ouvrant à la démocratie ? Ou bien encore, pourquoi ne pas évoquer l’effondrement de l’URSS et de tous les satellites du bloc communiste, au lendemain de la « chute du mur de Berlin » ?

Demain la liberté du peuple palestinien

Et le conflit israélo-palestinien dans tout cela, me direz-vous ? Pour André Glucksmann, le fait que des centaines de milliers de manifestants n’ont conspué ni Israël, ni les Etats-Unis et n’ont pas brûlé les drapeaux de ces deux pays, est un événement marquant : « C’est en toute connaissance de cause, écrit-il, que les révolutionnaires n’ont accordé aucune priorité à ce qui est censé obséder les « masses arabes » - Glucksmann méprisant ne veut pas évoquer les peuples arabes ! - depuis un demi-siècle » (…) Est-ce à dire que le destin de la Palestine les indiffère ? Mais, là n’est plus l’obsession des obsessions, celle qui rendait compte de tous les malheurs (…)». « Aucune priorité » sans doute. Mais cela me paraît bien normal. D’abord, la chute des dictateurs - en Egypte, de Moubarak, le « grand ami » d’Israël, seul pays, chacun a pu le constater, qui l’a soutenu avant sa fuite, tellement il redoutait le changement de pouvoir au Caire ! -. Ensuite, ce sera, un jour plus ou moins proche, le retour aux réalités. « Charité bien ordonnée commence par soi-même » dit le proverbe. D’abord sa liberté, demain la liberté du peuple palestinien occupé !

La sécurité de l’environnement d’Israël reposait sur le fait que l’Egypte et Israël étaient en paix, depuis le traité de paix signé en 1979 par Anouar Al Sadate. Mais, une paix injuste : si l’Egypte voyait son territoire totalement libéré fin mars 1982, des conditions secrètes lui avaient été imposées par Israël, d’où, d’ailleurs le refus des Frères Musulmans d’accepter ce traité, l’assassinat de Sadate en octobre 1981, au cours d’un défilé militaire, et l’arrivée au pouvoir de Moubarak. Qui a su alors que l’armée égyptienne s’était vue interdite - et encore aujourd’hui - de stationner dans le Sinaï libéré ? Qui a su que le pétrole et le gaz de cette région devaient être livrés à Israël – dont, de facto, les chars et autres engins allaient les utiliser, et les utilisent toujours, contre le peuple palestinien ? Il est certain que demain, là aussi, les « choses bougeront ». Et, comment n’en serait-il pas de même pour l’occupation de la Palestine, et tout particulièrement de l’annexion de Jérusalem-Est.

La gestation du monde nouveau

La domination occidentale sur le monde est en train de changer. Sa contestation de ci de là, s’amplifie. Le problème palestinien va redevenir nécessairement, dans un avenir proche, à l’ordre du jour sur le plan mondial. L’injustice permanente à l’égard des Palestiniens depuis plus de 60 ans ; les constantes violations du droit international par Israël ; la politique des « deux poids, deux mesures » appliquée par les Occidentaux à l’égard du conflit, ne sera bientôt plus de mise. Quasi tous les diagnostics des observateurs vont dans le même sens : la révolte du peuple égyptien est une mauvaise nouvelle pour les Israéliens. Ou Israël se décide à mettre fin à l’occupation de la Palestine et à reconnaître les droits du peuple palestinien, entre autres le droit à la liberté, et à leur Etat sur les « frontières » de juin 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, ou le monde occidental finira par lui tourner le dos en portant la Palestine sur les fonds baptismaux de l’ONU.

Comme l’écrivait Alain Gresh dans Le Monde diplomatique du 23 mars 2009 : « De quoi la Palestine est-elle le nom ? ». « Au croisement de l’Orient et de l’Occident, du Sud et du Nord, la Palestine symbolise le monde ancien et la gestation du monde nouveau ».



Le printemps arabe et le conflit israélo-palestinien
Colloque organisé au Sénat par le CVPR-PO
Palais du Luxembourg, le samedi 19 novembre 2011, de 9 h à 18 h.

L'accueil des participants, inscrits avant le 17 novembre - au secrétariat du CVPR PO, 54 rue des Entrepreneurs 75015 Paris - se fera de 8 h 30 à 9 h. Une pièce d'identité sera demandée.

Allocutions de bienvenue :
Me Maurice BUTTIN. Mme la sénatrice Christiane DEMONTES. M. Hael AL FAHOUM, ambassadeur de Palestine en France.

Développement des interventions :

" Les actuelles «révolutions arabes», qu’elles participent ou non d’un processus historique majeur parvenu à maturité, peuvent-elles contribuer, à court ou moyen terme, à une solution du conflit israélo-palestinien et à une « paix réelle au Proche-Orient »?

Les cinq questions que nous avions posées, en juin dernier, en annonçant ce colloque nous paraissent encore pertinentes et appellent aujourd'hui des réponses, bien sûr encore très provisoires, mais précieuses et nuancées.

Ø si les sociétés civiles arabes sont désormais en mesure d’exprimer leur solidarité avec le peuple palestinien, non seulement plus librement mais aussi avec assez de force pour peser sur la politique de leurs gouvernements ?
Intervenants : Moncef MERZOUKI (Elu député à l'Assemblée constituante tunisienne, président du Congrès pour la République) - Ghaïss JASSER (Docteur es-lettres) - Hala KODMANI (Journaliste, spécialiste des questions internationales) - (un journaliste égyptien ?)

Ø si le peuple palestinien, en Palestine, en Israël et dans la diaspora, s’est désormais doté, pour la défense de ses droits nationaux, d’une expression politique représentative et garante de son unité ?
Intervenants : Hassan BALAWI (Conseiller au ministère palestinien des Affaires étrangères ) - Bichara KHADER (Enseignant - Directeur du Centre de recherche sur le monde arabe à l'Université catholique de Louvain, Belgique).

Ø si, au sein de la société israélienne, et de la diaspora juive dans le monde, sont désormais mieux entendues les voix, aujourd’hui minoritaires, qui osent affirmer qu’une solution fondée sur le respect du droit international peut seule garantir la sécurité d’Israël et la paix dans la région ?
Intervenante : Esther BENBASSA (Sénatrice - Chercheur et universitaire)

Ø si, en Occident comme au Proche/Moyen-Orient, les médias et les opinions publiques prennent désormais plus clairement conscience de la nature avant tout politique du conflit israélo-palestinien et de la solution qu’il exige?
Intervenant : Richard LABEVIERE (Journaliste - Licencié en 2008 de RFI pour ses positions en faveur des Palestiniens)

Ø si, au sein de la « communauté internationale », sont en train de s’établir de nouveaux rapports de forces, capables d’imposer un règlement juste et pacifique de ce conflit...
Intervenants : Monique CERISIER ben GUIGA (Ancienne sénatrice - Présidente de Français du Monde, ADFE) - Pierre LAFRANCE (Ambassadeur de France)

À partir des éléments de réponse que l’actualité leur permettra alors d’apporter à ces cinq questions, les personnalités invitées tenteront d’évaluer lucidement si les « printemps arabes » auront accru les chances du peuple palestinien d’obtenir enfin justice.

Une Table ronde permettra aux intervenants de répondre aux questions posées par les participants au colloque, par écrit, au cours de la journée.

Conclusion de la journée :
Stéphane HESSEL (Ambassadeur de France)


L'instrumentalisation des religions dans le conflit israélo-palestinien
Actes du colloque (2010) organisé au Sénat par le CVPR-PO



Le compte-rendu du colloque organisé au Sénat par le CVPR-PO est disponible aux éditions du CVPR-PO (54, rue des Entrepreneurs ; 54, rue des Entrepreneurs 75015 PARIS) 128 p. 12 euros.

Le mot « instrumentalisation » appartient au vocabulaire de la polémique politique. On instrumentalise pour attaquer ou se défendre, pour légitimer ou stigmatiser. Tout conflit, tout conflit armé en particulier, génère des « instrumentalisations » multiples : celle de la religion est sans doute l'une des plus perverses. Dans le cas du conflit israélo-palestinien, elle apparaît aujourd'hui comme l'un des obstacles majeurs à la recherche d'une solution politique, fondée sur les principes du droit international.

Au cours d'un colloque, à l'invitation du CVPR-PO, historiens, juristes, politologues et personnalités politiques se sont efforcés d'analyser pourquoi, depuis 60 années que dure ce conflit, l'instrumentalisation de la religion en a progressivement occulté la nature politique et comment elle a peu à peu modifié les représentations que s'en font, non seulement les Israéliens et les Palestiniens eux-mêmes, mais aussi, qu'ils soient chrétiens, juifs, musulmans ou d'autres convictions, tous ceux qui, dans le monde, aspirent à la paix.

Mieux comprendre comment fonctionne l'instrumentalisation de la religion, voire de la laïcité, dans ce conflit, peut-il contribuer à faire prévaloir à la fois la lucidité critique et le respect du droit international ? A cette question ont tenté de répondre la table ronde à la fin du colloque et les conclusions tirées par Pierre Lafrance, vice-président du CVPT-PO.



15 Mai 1948 - 15 mai 2010 :
la NAKBA, 62 ans déjà !



Les Palestiniens ont commémoré le 15 mai dernier, partout dans le monde arabe,
par une minute de silence et l'arrêt total de la circulation,
le désastre inhumain causé par les Israéliens à leur encontre,
depuis 62 ans et la création de leur Etat.

Le partage en deux états

De 1924 jusqu'au 14 mai 1948, la Palestine était restée sous mandat britannique, comme, le Liban et la Syrie l'avaient été sous mandat de la France. A la différence des deux autres Etats, toutefois, la Palestine ne devait pas obtenir son indépendance! Le 29 novembre 1947, en effet, l'Assemblée générale des Nations Unies avait décidé de la partager en deux Etats: l'un juif, bénéficiant de 55 % du territoire - ils en possédaient jusque-là 6% - ! l'autre arabe, de 43% ; une enclave internationale étant prévue pour les lieux saints de Jérusalem et de Bethléem.

Les Etats arabes ne pouvaient accepter pareille décision. Celle-ci, en effet, violait l'article 2 de la Charte des Nations Unies, quant au droit d'  autodétermination des peuples - reconnu en 2006, par exemple, pour les Monténégrins. Bien que représentant alors les 2/3 de la population, les Palestiniens n'eurent pas le droit de décider de leur sort!

David Ben Gourion proclame la création de l'Etat d'Israël, le 14 mai 1948, jour du départ du dernier soldat britannique. Il se garde bien de lui fixer des frontières! Il se doutait que les Etats arabes voisins allaient se manifester... et que, beaucoup mieux organisée et aidée - notamment par la livraison d'armes tchécoslovaques - l'armée israélienne, allait gagner un peu plus de territoire pour Israël. De fait, 23 % de plus à l'issue de la guerre 1948/49!

L'expulsion des familles palestiniennes

Sans attendre la proclamation d'Israël, l'armée secrète, la Haganah, aidée par une milice extrémiste, l'Irgoun - commandée par le futur Premier ministre Begin - se charge d'occuper la partie du pays envisagé pour l'Etat juif. Pas seulement de l'occuper, mais de le vider de ses populations ! Tantôt par la violence armée, tantôt par des massacres organisés. Ainsi, Jaffa, ville à très forte majorité arabe, située dans ce futur Etat, est attaquée par les combattants juifs le 25 avril 1948, après d'intensifs bombardements. Elle voit sa population civile, de 70 à 80.000 habitants environ, réduite à 4 ou 5.000 ! De même, autre exemple, le massacre par l'Irgoun, le 9 avril 1948, de 250 habitants - femmes, enfants, vieillards - du petit village de Deir Yassine, près de Jérusalem, fait fuir le reste de sa population et celle de localités voisines.

Pendant longtemps, la propagande israélienne évoquant la « légitime défense » du pays, contre « les Arabes voulant jeter les Juifs à la mer » - l'éternel discours encore aujourd'hui ! - laissera entendre que l'exode des populations, poursuivi en 1948/49, avait été, avant tout, le résultat de combats, les Palestiniens étant expulsés au cours des opérations militaires. L'historien israélien Ilan Pape a démontré, documents jusque-là secrets à l'appui, qu'il n'en était rien. Que l'exode palestinien fut le résultat d'une politique planifiée par David Ben Gourion lui-même. Dès avant la proclamation de l'Etat israélien d'ailleurs, de peur que les Juifs deviennent un jour minoritaires dans leur nouvel Etat. Qu'il pouvait être comparé à un « nettoyage ethnique » !

L'exode palestinien : une politique planifiée.

Rappelons quelques chiffres : plus de 500 villages rayés de la carte ! Plus de 700.000 Palestiniens chassés, expulsés, de leur pays ! Quelques uns purent revenir lors de l'adhésion d'Israël aux Nations Unies, en mai 1949. Parce que, seul Etat dans ce cas, deux conditions lui avaient été imposées : reconnaissance des résolutions 181 de novembre 1947 (partage) et 194 du 11 décembre 1948 (retour des « réfugiés » chez eux ou indemnisés). Mais ces chanceux - ou plutôt malheureux - se virent interdire le droit de retourner dans leur village, de le reconstruire. Ils sont depuis les « réfugiés de l'intérieur », souvent installés à Nazareth!

« 62 ans de massacres, 62 ans de déportation, 62 ans d'exil, 62 ans d'épreuve(...) 62 ans de résistance, 62 ans de patience, 62 ans d'attente et d'espoir dans le triomphe de la justice », m'écrit un ami, Ziad Medoukh, de Gaza.

Gaza justement, où, le 15 mai, des milliers de Palestiniens ont manifesté, unis, membres du Hamas et du Fatah côte à côte, brandissant des drapeaux palestiniens et une clé géante, symbole de leur espoir de retour.

Maurice Buttin
Président du CVPR PO



Attention pélerinages


Les voyages en Terre Sainte se multiplient chez les catholiques.
Ceux qui les préparent ont souvent les yeux fermés sur la réalité ;
ils pèchent par «fondamentalisme », oubliant le drame actuel
pour se réfugier dans le passé de l'histoire de Jésus.
Chrétiens qui entreprenez le pèlerinage en Terre Sainte, prenez garde!
Ne vous exposez pas au risque de subir les reproches que formulait Jésus :
« Ils ont des yeux pour ne pas voir ! »
Ces extraits de deux lettres de Maurice Buttin peuvent aider à voir clair.

Pour suivre les pas de Jésus

En sortant d'une église à Lyon, St Nizier, j'ai trouvé un dépliant proposant un voyage « pour suivre les pas de Jésus et s'imprégner de la Parole de Dieu sur les lieux saints  ». Après avoir pris connaissance du document, j'ai écrit au curé de la Paroisse lui tenant, entre autres, les propos suivants.

Lisant le programme, j'ai été très attristé. Les futurs pèlerins vont aller dans une Terre Sainte, - hélas ! - ensanglantée par la guerre, où un peuple palestinien vit - dans les 22% qui lui restent de sa patrie originelle - sous l'occupation d'un autre peuple, l'Israélien. Or, rien ne semble prévu pour essayer de faire prendre conscience à ces pèlerins du drame que vit le premier nommé ! De fait, une seule rencontre est envisagée, celle avec les Clarisses de Nazareth (très remarquables au demeurant). Mais a priori, aucune avec des représentants de l'Eglise melkite (je pense à mes amis, le Père Fawzi Khoury ou Mgr Elias Chakour) ; aucune avec les Dominicains de l'Ecole biblique à Jérusalem...  ; avec les représentants du mouvement oecuménique Sabeel ; avec les Soeurs de Bethléem, avec l'ancien patriarche, Mgr Sabbah, qui pourraient, les uns ou les autres, évoquer ce drame.

Pas de politique ?

Vous me répondrez... «Nous ne faisons pas de politique ( ?) ; nous allons suivre les pas de Jésus ». Pas de politique ? Est-ce si exact ? Les organisateurs du pèlerinage n'envisagent-ils pas - à juste titre, par ailleurs - une visite à Yad Vashem (le mémorial de la déportation juive)? Là, ils quittent incontestablement «les pas de Jésus» tels qu'ils les envisagent.

En sortant, voici quelques jours, de l'Eglise Saint-Christophe de Javel à Paris, j'ai trouvé un dépliant invitant à un « Voyage en Israël ». Ce fut l'occasion d'une deuxième lettre adressée au responsable de cette proposition, le Père LE HOUEROU, responsable du Centre spirituel «Le Chatelard» :

« Vous êtes-vous rendu compte qu'en évoquant ainsi un 'voyage en Israël'...vous désinformez, volontairement ou non, toutes les futures personnes susceptibles de se rendre là-bas ? Et tous ceux qui n'iront pas mais qui liront votre dépliant. Je m'explique : depuis quand la vallée du Jourdain et la ville de Bethléem font elle partie de l'Etat d'Israël ? »

Reprenant ensuite les arguments de la lettre envoyée à la Paroisse St Nizier de Lyon, j'ajoutais : «Pourquoi tant d'erreur, tant de frilosité ? Un triste exemple, une fois de plus, dans notre peu courageuse Eglise de France, qui n'ose plus évoquer la Palestine et le drame vécu par ses habitants - sinon en renvoyant dos à dos les belligérants, comme si nous pouvions mettre sur le même plan l'occupé et l'occupant !»

J'emprunte à la première de ces deux lettres ces quelques lignes que je livre en conclusion aux lecteurs de «La Maison Islamochrétienne » : « N'entendons-nous pas dans nos homélies... 'Le Christ nous a été enlevé et, en même temps, il est là, présent au milieu de nous, comme il nous l'a promis'. Croyez-vous, oui ou non, en effet, que Jésus est toujours parmi nous jusqu'à la fin des temps?»

Alors, « suivre les pas de Jésus en Terre Sainte », n'est pas, tel que je le crois, se contenter de remonter à l'an 30 et à l'occupation de l'armée romaine, mais «suivre ses pas» en 2010 et sous l'occupation de l'armée israélienne.


Le rapport Goldstone


Le Conseil des Droits de l'Homme avait approuvé le rapport dénonçant les crimes de guerre à Gaza, il y a un an; et pourtant...

L'opération «Plomb durci»

Chacun a en mémoire les terribles dégâts, humains et matériels, causés par l'armée israélienne, voici moins d'une année, dans son offensive aérienne et terrestre contre la Bande de Gaza. L'opération « plomb durci », ou cas typique de « légitime défense » de ce pauvre peuple israélien, victime depuis huit années des « terribles » roquettes lancées par le Hamas. Une fois de plus, les dirigeants israéliens, tous partis confondus, « oubliant » le drame vécu par le peuple palestinien occupé depuis plus de quarante ans, ont crié à la victimisation de l'Etat d'Israël ! On croit rêver !

La mission d'enquête menée par le juge Richard Goldstone a remis « les pendules à l'heure ». Ses conclusions sont formelles : l'armée israélienne pourrait être responsable de « crimes de guerre », voire de « crimes contre l'humanité  ». La mission a constaté que cette armée avait bien mis en oeuvre une doctrine militaire israélienne qui implique « l'usage d'une force disproportionnée et suscitant de gros dégâts et des destructions de biens et d'infrastructures civiles et des souffrances chez les populations civiles ».

Souvenons-nous : plus de 1.400 morts et de 5.000 blessés, en majorité civils, dont de très nombreux enfants, en 21 jours de guerre.

Réactions israéliennes

Le rapport a aussi mis en cause, les « groupes armés palestiniens » responsables de la mort de 3 civils israéliens, en violation du droit international humanitaire. Pour le ministre israélien de l'Intérieur, ce rapport n'est qu'une « farce diplomatique ». Pour le ministre de la Défense, Ehud Barak et le chef d'état-major de l'armée, ce ne sont que mensonges, « l'armée israélienne étant l'une des plus exemplaire au monde, sinon la plus exemplaire ». Dès lors, le juge sud-africain Goldstone, bien que, par ailleurs, juif sioniste convaincu, est traité de moins que rien en Israël. Personne pourtant ne l'avait attaqué sur sa crédibilité et son honnêteté, lorsqu'il était juge du Tribunal international pour l'ex-Yougoslavie.

Le rapport Goldstone a été adopté par le Conseil des Droits de l'Homme siégeant à Genève, et le 5 novembre par l'Assemblée Générale des Nations Unie. Notre pays, hélas, n'a pas participé au premier vote et s'est abstenu - courageusement ! - lors du second vote. Attitude peu compréhensible, notamment par rapport à la position de la présidence suédoise de l'Union Européenne, qui avait évoqué « un rapport sérieux, dont l'U.E. était déterminée à prendre en compte, ainsi qu'à ses recommandations ». MM. Sarkozy et Brown ont prié Israël de mettre sur pied - comme demandé par le rapport Goldstone - « une enquête indépendante et transparente sur les événements de Gaza... dont les résultats seraient partagés avec nous » (?) Qu'est-ce à dire ce « avec nous » ? En-dehors du cadre des Nations Unies ? Quoi qu'il en soit, malgré le beau discours prononcé à la Knesset par Nicolas Sarkozy en juillet 2008, sur les conditions du règlement pacifique du conflit israélo-palestinien, la politique française du perpétuel refus craintif de s'opposer à Israël , est toujours à l'ordre du jour.

Réactions françaises

Mais, le comble au sujet du rapport Goldstone a été incontestablement les propos tenus par l'ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot. Monsieur l'ambassadeur « a du mal à croire que des soldats israéliens aient pu tuer délibérément des civils palestiniens » et d'ajouter, concernant l'accusation de crimes de guerre que : « Nous savons tous comment l'armée israélienne opère à Gaza. Nous savons tous que ce n'est pas le cas » !

Triste déclaration d'un homme qui vit dans son ambassade, ne s'est certainement pas informé auprès de son collègue à Jérusalem-Est, et encore moins n'a mis les pieds dans la Bande de Gaza pendant le déroulement de l'opération « plomb durci »... Plomb dans l'aile, finalement, car la volonté d'écraser, une fois pour toute, l'infâme, le mouvement terroriste par excellence, le Hamas (Le Mouvement islamique de résistance) a fait chou blanc. En revanche, la « prison à ciel ouvert » est plus que jamais une réalité pour les malheureux gazawis.

Me Maurice Buttin Président du CVPR PO




Le séjour politique de Benoît XVI en Terre-Sainte



Maurice Buttin analyse essentiellement la dimension politique du voyage du Saint-Père en Israël et en Palestine, après ses trois journées en Jordanie, même si - il tient à le souligner - ce séjour était avant tout religieux : un pèlerinage et une visite pastorale aux chrétiens de Terre sainte.

Hommage aux victimes juives

Dès son arrivée à Tel Aviv, Benoît XVI, accueilli en chef d'Etat par le président Shimon Peres et le premier ministre Benyamin Netanyahou, a tenu à condamner fermement l'antisémitisme qui «continue de relever son visage répugnant dans de nombreuses parties du monde, ce qui est totalement inacceptable ». Et il a réaffirmé que l'Eglise se trouvera toujours aux côtés du peuple juif pour combattre ce fléau. L'après-midi, au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, il a rendu hommage à la mémoire des millions de juifs disparus dans la Shoah et il a, en outre, rejeté tout négationnisme - en allusion à l'affaire Williamson.

Pas de paix sans justice

A propos du conflit Israélo-palestinien, évoqué d'emblée à l'aéroport et repris lors de sa visite de courtoise au président Shimon Peres, Benoît XVI a appelé les dirigeants israéliens, pour le moins surpris, à l'urgence d'un processus de paix. Il a certes évoqué la «sécurité », l'obsession quotidienne des Israéliens, mais il a bien précisé que l'on ne l'obtient qu'en assurant la justice, qui est à la base de la paix. Ainsi, se présentant en « pèlerin de la paix », il a demandé la poursuite de négociations pour la recherche d'une juste solution de façon « que les deux peuples puissent vivre en paix dans leur pays respectif à l'intérieur de frontières sûres et internationalement reconnues », ce d'ailleurs en conformité avec la politique traditionnelle du Vatican soutenant la création d'un Etat palestinien.

Pour sa première journée en Israël, Benoît XVI a tenu incontestablement à garder une position équilibrée. Il ne voulait pas que son séjour puisse être interprété comme un soutien à la politique du nouveau gouvernement israélien, de droite et d'extrême droite, dirigé par B. Netanyahou.

Après Israël, la Palestine.

Le pape s'est rendu à Bethléem, où il a été accueilli sur l'esplanade du palais présidentiel par Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne. Avant d'y arriver, il a dû franchir le sinistre mur entourant la ville, construit par les Israéliens. Autorisé à passer près le tombeau de Rachel - route interdite aux Palestiniens - il a pu constater les trois immenses portes blindées, ouvertes ou fermées selon le bon désir de l'occupant. Aux alentours, il a pu voir toutes les maisons dont les habitants ont été chassés, et il a mieux compris le désespoir du peuple palestinien. Il a dès lors trouvé des mots très forts, prononcés au camp de réfugiés d'Aïda, pour dénoncer cette «tragique» construction: « S'élevant au-dessus de nous, qui sommes rassemblés ici cet après-midi, nous domine le mur, rappel incontournable de l'impasse où les relations entre Israéliens et Palestiniens semblent avoir abouti. Dans un monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes (...) il est tragique de voir des murs continuer à être dressés. »

Comme l'ont souligné de nombreux observateurs, rarement Benoît XVI a été aussi politique dans ses interventions. Avec beaucoup d'énergie dans ses propos, au déplaisir d'Israël, il est venu assurer le peuple palestinien du soutien du Saint-Siège. Ainsi a-t-il déclaré, dès son arrivée à Bethléem, aux dirigeants palestiniens qui l'accueillaient: «Je sais combien vous avez souffert et continuez de souffrir à cause des troubles qui affligent cette terre depuis des décennies(...). Cet après-midi, je me rendrai au camp de réfugiés d'Aïda, afin de manifester ma solidarité avec les gens qui ont tant perdu (...). Le Saint-Siège soutient le droit de votre peuple à une patrie palestinienne souveraine sur la terre de ses ancêtres, s ûre et en paix avec ses voisins, à l'intérieur de frontières reconnues au niveau international. Même si, à l'heure actuelle cet objectif semble loin d'être atteint, je vous encourage fermement, vous et votre peuple, à garder vivante la flamme de l'espérance...».

Avec ceux qui ont tant perdu

En quittant Bethléem Benoît XVI a ajouté  : « Mon souhait le plus sincère pour vous, peuple de Palestine, est que cela arrivera bientôt por vous permettre de jouir de la paix, de la liberté et de la stabilié dont vous avez été privés depuis si longtemps ». Certains amis de la Palestine ont reproché au Pape de ne pas avoir utilisé les termes «occupation», « territoires occupés ». Sans doute pour ne pas heurter la sensibilité des Israéliens. Mais n'a-t-il pas dit la même chose en évoquant : « la liberté... dont vous avez été privé depuis si longtemps»?

Dans son homélie, lors de la messe pontificale, place de la Mangeoire, devant la basilique de la Nativité, il avait réitéré son soutien au peuple palestinien, priant notamment pour que le blocus imposé aux Gazaouis depuis 2007 soit bientôt levé. Occasion lui était d'ailleurs donnée d'exprimer sa « profonde compassion » aux victimes de l'offensive israélienne de décembre dernier (le lecteur se souvient : 1440 morts ; plus de 5.000 blessés en 21 jours!), offensive qu'il avait alors critiquée.

Dépasser la peur et la défiance

Pour autant, les discours de Benoît XVI sont, là-aussi, restés équilibrés. Lors de sa rencontre avec Mahmoud Abbas, il a rappelé «  les sérieuses inquiétudes concernant la sécurité d'Israël » et il n'a pas hésité à exhorter les jeunes « à ne pas se livrer à la violence ou au terrorisme ». Ainsi, au camp d'Aïda, il a affirmé: « De part et d'autre du mur, un grand courage est nécessaire pour dépasser la peur et la défiance, pour résister au désir de se venger des pertes et des torts subis. Il faut de la magnanimité pour rechercher la réconciliation après des années d'affrontement. Pourtant l'histoire a montré que la paix ne peut advenir que lorsque les parties en conflit sont désireuses d'aller au delà de leurs griefs et de travailler ensemble pour des buts communs, prenant chacun au sérieux les inquiétudes et les peurs de l'autre».

De son côté, le Président palestinien avait lancé, du camp de Aïda, un « message de paix » aux Israéliens leur demandant de renoncer à l'occupation, à la colonisation, aux arrestations et aux humiliations des Palestiniens. Il avait condamné le mur de l'apartheid - qui s'étend sur plus de 650 km, (construit en grande partie sur le territoire palestinien, y compris coupant Jérusalem-Est ). A son départ de la ville de la Nativité, Benoît XVI lui a répondu: «... J'ai vu le mur qui fait intrusion dans vos territoires, séparant des voisins et divisant des familles. Les murs peuvent être facilement construits, mais nous savons qu'ils ne subsisteront pas toujours. Ils peuvent être abattus...». Sans doute Benoît XVI pensait-il au 20ème anniversaire, dans quelques mois, de la chute du mur de Berlin, en concluant sur cette dernière parole, très forte ?

Je dois noter le regret de la petite communauté chrétienne de Gaza: «Pourquoi le pape n'y vient-il pas ? C'est aussi la Terre sainte. Il aurait été le bienvenu. Chrétiens et musulmans l'auraient bien reçu en toute sécurité.(...) Il fallait qu'il voie par lui-même ce que nous vivons ici, chrétiens et musulmans, ce que nous avons subi pendant ces vingt jours de guerre, à quel point nous sommes étranglés par le blocus imposé par Israël ». (propos rapportés par le journal La Croix du 12 mai 2009).

Le cercle vicieux de la violence

Lors de la cérémonie de congé à l'aéroport de Tel Aviv, Benoît XVI lancera un « appel à tous les peuples de ces terres: Plus d'effusion de sang ! Plus de combats ! Plus de terrorisme ! Plus de guerre ! Brisons plutôt le cercle vicieux de la violence. Que s'établisse ici une paix durable basée sur la justice, que s'établissent une réconciliation et une guérison véritable. (...) Que la solution de deux Etats devienne une réalité et ne reste pas un rêve...». Mais il ajoutera aussi : «Une des plus tristes images au cours de ma visite sur ces terres fut le mur!»

Il faut relever que, comme par hasard, les médias occidentaux ont relevé ce qu'ils ont appelé cette « condamnation du terrorisme » par le Pape. Pourquoi n'ont-ils pas évoqué aussi cette « condamnation de la guerre »   que mène Israël depuis plus de soixante années contre le peuple palestinien?

Pendant tout son séjour en Terre sainte, le Pape Benoît XVI n'a cessé de prier pour la paix. « Les prières du pape sont-elles suffisantes pour ramener la paix ? » s'interroge l'hebdomadaire marocain TELQUEL, dans son numéro du 16 au 22 mai. Pour ma part, bien que croyant très fortement à l'action incontestable de la prière dans toute activité humaine, j'en doute. Tant qu'Israël n'aura pas renoncé à son idéologie et à sa Charte sionistes, qui datent aujourd'hui de plus d'un siècle, il n'y aura pas la paix en Terre sainte.




Chrétiens et musulmans au coude à coude



Maurice Buttin a eu connaissance de ce reportage signé MG.
Il est diffusé par «The international solidarity movment»,
une ONG regroupant des Palestiniens refusant la violence.

Le Sheik Hussein, le grand Imam de Rafah, m'emmène aujourd'hui à Gaza rencontrer le Père Manuel Mussalam, le curé de la paroisse de Gaza où vivent 3.500 Palestiniens catholiques. Le père Manuel Mussalam est un Palestinien de 70 ans, né à Birzeit, qui est arrivé à Gaza en 1995. Il est très respecté par les Musulmans de Gaza et en particulier par les dirigeants du Hamas, car il se considère comme un homme de Dieu, mais aussi comme un Palestinien ; il aide tous les habitants, chrétiens et musulmans. Ses prêches du dimanche sont également très virulents contre l'occupation et les exactions des Israéliens.

Avant de prendre la route pour Gaza ville, nous allons chercher le sage de Rafah, Monsieur Ahmed As-Souffi, qui est une sorte de médiateur dans chacun des conflits internes.

A Gaza, nous nous rendons d'abord au Ministère de la Culture où nous sommes attendus par le docteur Attala Abu Siba, le Ministre de la Culture du gouvernement élu du Hamas, qui nous accompagnera dans l'une des Ecoles Catholiques de Gaza où se trouve le bureau du Père Manuel Mussalam. Sur le mur à l'extérieur du Ministère de la Culture, on peut lire une énorme inscription : « Au revoir Monsieur Bush, nous ne vous regretterons pas. » Avant de partir, le Dr Attala Abu Siba, dit Abu Alaa, m'explique son admiration pour le Père Manuel Mussalam et me raconte comment à Noël dernier, celui-ci a refusé de se rendre à Bethléem en précisant : « J'ai refusé d'y aller en raison du blocus. Je serai le dernier à quitter Gaza. »

Abu Alaa ajoute : « Son sermon de dimanche dernier était extraordinaire et j'ai demandé à Ismail Hannieh de lui proposer un poste dans le gouvernement. » A notre arrivée, deux représentants du Fatah se joignent à notre rencontre. Même si au niveau des dirigeants politiques, il existe toujours des divergences importantes, les Palestiniens de Gaza de toutes tendances partagent les mêmes souffrances de la vie sous le siège et s'entraident. Le Père Manuel Mussalam commence par expliquer qu'il a sous sa responsabilité 2 écoles dans la Bande de Gaza dont l'une accueille 1.150 élèves, dont seulement 140 sont chrétiens. « Les autres sont musulmans » dit-il, en ajoutant : « Je refuse de n'être le prêtre que des Chrétiens. Nous sommes tous le peuple de Palestine et nous avons les mêmes droits que tous les autres peuples. » Il m'explique que les communautés chrétiennes et musulmanes vivent en harmonie dans la Bande de Gaza.

En riant, il raconte : « L'autre jour, quelqu'un m'a demandé si j'avais peur du Hamas et je lui ai répondu que c'est le Hamas qui devrait avoir peur de moi car j'ai des enfants Musulmans dans mes écoles. » Plus sérieusement, il ajoute : « Le Hamas est le peuple de Palestine. Le Hamas, ce sont des femmes, des enfants, des hommes et nous parlons tous de la même chose : la libération de la Palestine. Les Chrétiens, ici, ne souffrent pas à cause des Musulmans mais ils souffrent aux côtés des Musulmans. Les Chrétiens et les Musulmans ont combattu ensemble pendant cette guerre et les soldats sionistes ont tué aussi bien des Chrétiens que des Musulmans. Ma maison, qui se trouve dans le quartier Al Zeitoun, a été touchée pendant la guerre. Pendant cette guerre, j'ai ouvert mon école à tous : qu'ils soient musulmans ou chrétiens. J'ai offert un abri à tous. Nous n'avions pas d'eau, pas d'électricité. Cela a duré 3 semaines.

Dans notre religion catholique, nous devons aider les pauvres et les opprimés. Vous, les Chrétiens d'Europe, vous devez soutenir et aider les Palestiniens. Vous êtes compatissants vis-à-vis des Juifs suite à la Shoah et vous les laissez faire parce que vous vous sentez coupables. Mais le problème est qu'en 1948, vos gouvernements occidentaux ont décidé d'offrir en compensation un pays aux Juifs, contre l'avis des Palestiniens et du monde arabe, et vous avez soutenu l'expulsion forcée des Palestiniens, et aujourd'hui vous continuez à soutenir les Israéliens. Vous devez arrêter de les soutenir. Avec les roquettes, les Israéliens ont perdu 1% de leur sécurité mais depuis 1948, les Palestiniens ont perdu 100% de leur sécurité. Ce sont les Palestiniens qui sont les opprimés et notre religion catholique nous enseigne de les aider. Vous les Français, vous avez combattu l'occupation allemande et vous avez refusé de devenir les esclaves des Allemands. Notre lutte n'est pas différente. Nous refusons de devenir les esclaves des Israéliens.

Oui, la Paix est encore possible mais pas SANS JUSTICE. Toutes les frontières doivent être ouvertes, les habitants de Gaza doivent être libres de leur mouvement et d'aller se faire soigner à l'extérieur. Et maintenant, combien allons-nous être obligés d'ouvrir d'hôpitaux pour handicapés ? Avec cette guerre, nous aurons plus de 6.000 personnes handicapées, que comptez-vous faire ? Votre devise en France est Liberté, Egalité, Fraternité. Pourquoi cela n'est-il pas valable pour nous, les Palestiniens ? Nous ne sommes pas dangereux, nous n'avons pas de bombes nucléaires, nous n'avons pas d'armée, nous n'avons pas de F16, d'hélicoptères Apache, de tanks. Nous n'avons que des armes rudimentaires pour défendre notre terre.


Retour de Palestine



Si la terre promise à Abraham est un lieu de paix,
le chemin à parcourir pour y arriver est encore long,
si l'on en croit les réactions que Maurice BUTTIN rapporte de son voyage.

Un voyage d'information

Composé d'anciens parlementaires, d'universitaires et d'acteurs de le vie civile, dont moi-même, un groupe de membres de l'association «  Pour Jérusalem » vient d'effectuer un séjour d'une semaine - du 10 au 16 novembre 2008 - en Israël et Palestine.

Ce voyage d'information avait pour but de rencontrer des dirigeants et personnalités israéliennes, palestiniennes et autres, afin de mieux se rendre compte de la situation actuelle du conflit, de constater de visu, sur le terrain, le drame vécu par le peuple palestinien, victime d'une occupation de plus de 40 années, de plus en plus implacable, et d'apporter notre solidarité à ce peuple souffrant.

Du côté israélien : nous n'avons pu entrer en contact avec aucun membre de la Knesset (Parlement) en raison de sa dissolution. De même, nous n'avons pu rencontrer le nouveau Maire de Jérusalem, élu la veille, mais un fonctionnaire de la municipalité. « Le nouveau maire, Nir Barkat, est un laïc, nous a-t-il dit, mais heureusement les ultra-orthodoxes sont majoritaires au Conseil». Les Palestiniens de la ville n'ont quasi pas voté. Ils répondaient ainsi aux appels de boycottage des urnes en signe de protestation contre l'occupation totale et l'agrandissement de Jérusalem, malgré les décisions plusieurs fois renouvelées des Nations Unies depuis 1967. L'élection d'un laïc n'améliore pas pour autant la situation des Palestiniens : il a immédiatement fait savoir qu'il comptait poursuivre la colonisation dans le secteur Est de la ville et rattacher l'immense colonie de Maale Adumin à Jérusalem - ce qui couperait la Cisjordanie en deux !

De nombreuses rencontres palestiniennes

Du côté palestinien : les rencontres, en revanche, ont été nombreuses, tant à Bethléem, qu'à Ramallah ou Khalil (Hébron), voire à Jérusalem (camp de réfugiés de Shufat). De même d'autres rencontres avec des personnalités, telles que le nouveau patriarche latin de Terre sainte, Mgr Fouad Twad, le journaliste Charles Enderlin, le consul général de France, Alain Rémy, le père dominicain J.B. Humbert, des représentants de l'UNRWA et de l'OCHA - Bureau de coordination des affaires humanitaires -, Michel Warchavski, le très courageux opposant israélien, etc.

Des dires des uns et des autres, il est incontestable que les initiatives de paix qui se sont succédé : proclamation voici 20 ans de l'Etat de Palestine, le 15 novembre 1988, en Alger, par le Conseil National palestinien (CNP) - le parlement de l'OLP en exil - sur 22 % seulement du mandat britannique, reconnaissant de facto l'Etat d'Israël ; celles des Etats arabes en 2002, renouvelées en 2007 ; le Quartette et sa feuille de route - pour moi une « feuille de vigne» - cachant le développement par Israël de nouvelles colonies, de routes à l'usage des seuls habitants juifs occupant la Cisjordanie, une répression accrue, des entraves à la circulation des palestiniens, etc. ; les accords d'Annapolis, qui devaient voir la paix instaurée avant la fin 2008 - sinistre plaisanterie étatsunio- européo, israélienne - n'ont strictement rien donné, par le refus permanent d'Israël de reconnaître l'Etat de Palestine précité avec Jérusalem-est comme capitale.

Comme nous le disait Mgr Twal : « En fait, Israël reste uni par la peur, tant que dure le conflit. C'est un Etat fort, qui ne craint pas la guerre, mais la paix. Il enferme les Palestiniens par des murs. Il s'enferme lui-même par des murs dans son coeur. Il a tort de ne pas faire la paix avec Mahmoud Abbas, qui est un dirigeant modéré presque jusqu'à la faiblesse. Il ne faut toutefois pas parler à Israël en ennemi, mais en ami courageux qui lui dit la vérité. J'ai reçu des Sénateurs américains qui m'ont dit d'emblée : «  Nous aimons Israël ». Très bien, leur ai-je répondu, les chrétiens doivent aimer tout le monde... Vous devriez aimer aussi un peu les autres.»

A propos du «mur de sécurité»

De ce séjour, il est certain que nous retiendrons des faits constatés, les plus intolérables les uns que les autres : le mépris quotidien des Israéliens - et notamment des jeunes militaires ou des ultra-nationalistes - à l'égard de Palestiniens, qui rappelle, il faut avoir le courage de le dire, certaine situation dont ont été victimes les Juifs, en Autriche ou en Allemagne, par les Nazis, de 1933 à 1941, avant la décision prise de les exterminer massivement. Il est certes erroné de parler de «génocide » dans le cadre du conflit israélo-palestinien, mais en revanche de « sociocide» et de « spaciocide» (ou destruction de la notion d'espace, tous les obstacles n'étant pas seulement physiques). Ce dernier terme nous était avancé par un représentant de l'OCHA, nous décrivant les check-points de plus en plus sophistiqués, les barrières sur les routes - tranchées, blocs de béton, talus de pierre et de terre -, les clôtures pour interdire leur accès, certaines routes étant réservées aux seuls Israéliens, etc. Au total, 630 barrages en Cisjordanie, plus des dizaines dans la ville d'Hébron. Ils ont augmenté de plus de 100 depuis Annapolis. Sans commentaire ! Ainsi, avant, il suffisait de 20 minutes pour gagner Ramallah de Bethléem, aujourd'hui il faut entre 1 heure et 1 heure 30 - à condition de ne pas être arrêté !

Et que dire du mur appelé de « sécurité » par Israël, « d'apartheid » par les Palestiniens ! Mur de la honte, en fait, condamné par la Cour de justice de La Haÿe et les Nations Unies. Mur qui aurait dû s'étendre sur un peu plus de 300 km s'il avait été construit sur la « ligne verte » - dite «  frontière de 1967 » -. Il s'étend en réalité sur 800 km, avec 4 passages spécifiques pour le commerce et la circulation, englobant des terres agricoles prises aux Palestiniens - des milliers d'oliviers, amandiers, et autres arbres ayant été arrachés au moment de sa construction -, les sources d'eau de Cisjordanie, etc. Beaucoup nous l'ont précisé : si les attentats ont quasi disparu en Israël, ce n'est pas à cause du mur, mais en raison des trêves de facto passées entre Israël et le Hamas notamment. Ce mur entourant Jérusalem, Bethléem, et autres villes palestiniennes ; l'occupation de la Palestine qui persiste : c'est, bien sûr, la présence de l'armée israélienne partout, contrôlant les moindres faits et gestes des Palestiniens.

Les signes précurseurs d'une immense catastrophe humanitaire ?

La dramatique situation des Gazaouis a été évoquée par tous nos interlocuteurs. Le blocus imposé depuis des semaines par les Israéliens est peut-être précurseur d'une immense catastrophe humanitaire, en violation des chartes internationales exigeant la protection des populations civiles. Lors de notre séjour, les Consuls généraux de France et de 6 ou 7 autres pays, ont voulu se rendre à Gaza pour s'informer de cette situation. Ils ont été priés par les militaires de service, sur ordre de leur gouvernement, de s'en retourner à Jérusalem. La présidence du Conseil de l'Union européenne, c'est-à-dire la France, s'est contentée de « déplorer » cette scandaleuse rebuffade. Pour une gifle en 1830, la France avait occupé l'Algérie...

Le grave différend entre l'autorité palestinienne et le Hamas a aussi été évoqué, bien sûr, par de nombreux interlocuteurs. Et le 11 novembre, jour du 4ème anniversaire de la mort de Yasser Arafat, symbole de l'unité du peuple palestinien, nous avons pu, présents à la Mouquataa, à Ramallah, entendre le président Mahmoud Abbas évoquer cette unité, tout en critiquant vertement les islamistes du Hamas ayant pris le pouvoir à Gaza...

Que dire pour conclure ? Malgré la dramatique situation dans laquelle se débat le peuple palestinien occupé, ses 11000 prisonniers, la répression quotidienne, tous nos interlocuteurs nous ont parlé avec calme et sérénité, l'espoir chevillé au corps, semble-t-il, d'un triomphe de leur cause dans un avenir plus ou moins proche !

C'était mon dixième séjour en Palestine depuis trente ans. Aux Juifs qui évoquent encore, le fameux couplet « Les Arabes veulent nous mettre à la mer ! », je dirai simplement : «Depuis mon premier voyage, j'ai pu constater combien les Arabes palestiniens, chrétiens et musulmans, étaient chaque année un peu plus rejetés au désert » !

Paris le 12 décembre 2008.
Maurice Buttin, président du CVPR PO.



Mahmoud Darwich n'est plus



Le grand poète palestinien, chantre de la cause de son peuple,
est décédé le 9 août dernier aux Etats-Unis.
Agé de 67 ans, il est mort des suites d'une opération à coeur ouvert.

Transformer les mots en armes

Fils de propriétaires terriens, né en Galilée, alors sous mandat britannique, Mahmoud, comme tout le monde l'appelait, n'avait que 7 ans lorsque, en 1948, il dut s'exiler au Liban avec sa famille, chassée par les forces israéliennes - comme une grande partie des Palestiniens. Revenant deux années après avec les siens et quelques milliers de ses frères, il ne put que constater l'anéantissement de son village - comme plus de 500 autres ! - remplacé par une colonie ! Tous ces Palestiniens devinrent alors, et ils le sont encore aujourd'hui, des « réfugiés de l'intérieur » !

Arraché à sa terre, il n'a cessé sa vie durant de chanter son amour pour elle, dans une oeuvre riche d'une vingtaine de volumes en poésies et de plusieurs livres en prose. Il a su transformer les mots en armes pour s'opposer à la situation d'injustice faite à son peuple. A 19 ans, il publie son premier recueil, « Oiseaux sans ailes ». Mais, c'est son deuxième, « Rameaux d'oliviers », qui le consacre héraut de la résistance palestinienne.
Mais, considéré comme l'un des plus grands poètes arabes de sa génération, sa poésie dépasse de beaucoup le seul conflit israélo-palestinien. C'est une véritable interrogation sur l'être humain en général , sur le sens de la vie et de la mort. « L'oeuvre de Mahmoud est une chronique permanente de la douleur palestinienne. Mais son génie est qu'il transforme cette chronique en message universel » écrit le poète Abdelatif Laabi, dans Libération (Maroc). Lui-même déclarait d'ailleurs : « je suis Palestinien, un poète palestinien, mais je n'accepte pas d'être défini uniquement comme poète de la cause palestinienne ».

Mahmoud Darwich fur en même temps un grand militant palestinien. Membre à 20 ans du Parti communiste israélien, le Rakah, il fut arrêté et emprisonné à plusieurs reprises ; il finit par s'exiler en 1971 pour s'installer, après une année d'études d'économie politique à Moscou, au Caire, puis à Beyrouth, avant de gagner Paris de 1982 à 1995. Dès 1973, il avait rejoint l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Il en est élu en 1987 membre du Conseil exécutif.

Au service de son peuple

C'est lui qui écrivit en 1974 le célèbre discours du président Yasser Arafat à la tribune de l'ONU, et, en 1988, le texte voté par le Conseil national palestinien (le Parlement en exil). Réuni en Alger, proclamant l'Etat de Palestine le 15 novembre voici bientôt vingt ans.Décision oh ! combien historique, puisque, après avoir évoqué la dramatique perte de Palestine, rappelé les résolutions onusiennes 181 (le partage), 194 (le retour des réfugiés-expulsés) et 242 (la Palestine désormais limitée à la seule partie du mandat occupée depuis juin 1967), elle reconnaissait de facto l'Etat d'Israël ! Mais, ni celui-ci - qui n'entend pas accepter d'Etat palestinien à ses côtés, malgré les beaux discours de ses dirigeants - ni ceux occidentaux, apeurés sans doute à la seule idée d'être traités d'antisémites, n'en tiendront compte...

Point à relever aussi, Mahmoud n'hésite pas à évoquer dans sa déclaration, non seulement la liberté de religion pour chacun des Palestiniens du futur Etat, mais la liberté de conscience - jamais reconnue à ce jour dans aucun Etat musulman !

En 1993, toutefois, il démissionne de l'OLP pour protester contre les « Accords d'Oslo », estimant qu'ils n'apportent pas à son peuple « une paix juste » - décision combien prémonitoire, nous pouvons le constater aujourd'hui . En 1995, Mahmoud revient malgré tout en Palestine, et s'installe à Gaza puis à Ramallah. En 1996, il est autorisé à fouler à nouveau le sol désormais israélien, afin d'assister aux obsèques de l'écrivain palestinien Emile Habibi. Intitulé « Ne t'excuse pas », son dernier recueil de poèmes a été publié en 2004 en France aux Editions Actes-Sud.

Au lendemain de la mort de Mahmoud, les autorités palestiniennes ont décrété trois jours de deuil national. Obtiendront-elles un jour d'Israël le transfert de son corps en sa terre natale ?



Contrepoint

Sur le vent, il marche. Dans le vent,
il sait qui il est. Nul toit au vent.
Ni demeure. Et le vent est une boussole
Pour le nord de l'étranger.

Il dit : Je suis de là-bas. Je suis d'ici
et je ne suis pas là-bas ni ici.
J'ai deux noms qui se rencontrent et se séparent,
deux langues, mais j'ai oublié laquelle était
celle de mes rêves.
J'ai, pour écrire, une langue au vocabulaire docile,
anglaise
et j'en ai une autre, venue des conversations du ciel
avec Jérusalem. Son timbre est argenté, mais
elle est rétive à mon imagination !

Et l'identité ? je dis.
Il répond : Autodéfense...
L'identité est fille de la naissance. Mais
elle est en fin de compte l'oeuvre de celui qui la porte, non
le legs d'un passé. Je suis le multiple... En moi,
mon dehors renouvelé... Mais
j'appartiens à l'interrogation de la victime.
N'étais-je
de là-bas, j'aurais entraîné mon coeur
à y élever la gazelle de la métonymie...
Porte donc ta terre où que tu sois...

Mahmoud Darwich
Extrait de « Comme des fleurs d'amandier ou plus loin »


Retour page précédente