Benoît XVI en Terre-Sainte

Un itinéraire symbolique
Luc-André Leproux


Les pierres crient
Christine Fontaine


Un itinéraire symbolique
Luc-André Leproux

De la mosquée d'Amman au Saint-Sépulcre :
« un itinéraire symbolique »


A la mosquée d'Amman

En commençant par la Jordanie, le Pape se trouvait déjà dans le ressort du Patriarche latin de Jérusalem, Monseigneur Fouad Twal, successeur du Palestinien Michel Sabbah, et lui-même de nationalité jordanienne, issu d'une tribu bédouine. La visite à la mosquée d'Amman, comme jadis Jean-Paul II à celle de Damas, était un geste d'autant plus aisé que le propre oncle du roi, le Prince El Hassan bin Talal est personnellement très intéressé par le dialogue islamo-chrétien et a largement contribué à l'initiative des 138 intellectuels musulmans qui devait déboucher sur la rencontre de Rome à la fin de 2008.

Le Pape est ensuite allé se recueillir au Mont-Nébo d'où Moïse vit la Terre Promise, puis sur la rive du Jourdain où Jean-Baptiste ouvrit la voie à Jésus. Poursuivant son chemin en Terre Sainte, le Pape a été reçu dans le Dôme du Rocher, sur l'Esplanade du Temple, avant d'aller, en contrebas et, si l'on peut dire, en contrepoint, s'approcher du Mur Occidental ou Mur des Lamentations, y déposant, après le billet de repentance de Jean-Paul II, un billet d'espérance.

Au Yad Vashem, où les autorités eurent la délicatesse de lui éviter le musée mettant en cause Pie XII, le Pape ne fit pas référence à sa nationalité d'origine allemande, étant venu au nom de l'Eglise catholique tout entière. Il condamna avec une véhémence particulièrement forte l'antisémitisme. On a pu mettre en parallèle, après l'affaire Williamson, le voyage à Jérusalem avec le voyage à Istanbul, après l'incident de Ratisbonne. A ceci près que, dans ce dernier cas, il s'agissait d'une citation mal venue dans le discours pontifical, alors que, dans l'autre cas, il y avait bel et bien un agressé, le Pape, et un agresseur, l'évêque mal repenti, et cela les juifs l'avaient déjà fort bien compris, contrairement aux médias malintentionnés.

Un autre mur !

Sur le chemin de Bethléem, le Pape manifesta son émotion attristée à la vue d'un autre Mur, de protection pour les uns (du ghetto au bunker, un symbole), d'apartheid pour les autres. Et il alla au camp de réfugiés voisin exprimer sa compassion, lui qui en Jordanie avait mis autour de son cou le foulard traditionnel devenu l'expression du nationalisme palestinien.

A Nazareth l'affluence fut grande et l'ambiance détendue. De là à conclure que les chrétiens sont plus heureux en Israël qu'en Palestine, c'est parler un peu vite: citoyens de seconde zone d'un côté de la ligne, martyrs de l'occupation de l'autre côté, la précision s'imposait.

Certes le geste inattendu de la main dans la main avec un juif et un druze rappelait l'engagement du Pape dans le dialogue interreligieux. Nul doute que son ouverture vis-à-vis de l'islam contribuera à protéger les chrétiens d'Orient, témoins des origines du christianisme.

Dans les pas de Jean-Paul II

S'inscrivant, là encore, dans les pas de Jean-Paul II qui avait exigé d'y retourner pour souligner que le pèlerinage spirituel primait l'interprétation sinon la récupération politique, Benoît XVI a tenu à clore son voyage au Saint Sépulcre, ancrage de la foi dans la Résurrection du Christ.

Et l'on ne peut mieux conclure ces moments historiques que par une citation du Pape lui-même dans son livre sur l'Unique Alliance (1997 p.87): «Le premier schisme dans le monde monothéiste, le schisme entre judaïsme et christianisme, schisme dont la résorption est fondamentale, et cela également pour le rapport de l'un et de l'autre avec l'islam » Luc-André Leproux




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