Après Gaza,
questions pour l'Occident

Prêtre arabe en pays musulman
Elias Zahlaoui


Une hégémonie mondiale
Mustapha Chérif


Prêtre arabe en pays musulman
Elias Zahlaoui

A ceux qui pensent que l'histoire de la Palestine
manifeste la rencontre impossible entre les civilisations,
l'expérience du Père Zahlaoui, prêtre à Damas, apporte un démenti.
Musulmans et chrétiens, en Syrie,
savent vivre ensemble fraternellement.
Cet homme d'Eglise en appelle aux responsables ecclésiastiques.
Il leur demande de reconnaître que prendre le parti des pauvres
conduit à se mettre aux côtés du peuple palestinien.


Religion et citoyenneté

Je suis heureux de me retrouver parmi vous. Je remercie mon ami, le Père Michel Jondot, de m'avoir invité. J'avais hésité à accepter ; finalement, je me suis jeté à l'eau. Je me considère, en Syrie, citoyen à part entière. Bien que je sois prêtre, en dépit de tous les préjugés concernant les chrétiens. La constitution syrienne a voulu que tous les habitants de Syrie se considèrent comme de vrais citoyens. Notre ancien président avait voulu qu'on abolisse l'article stipulant que la présidence de la République soit assurée par un citoyen de religion musulmane. Il s'est incliné devant la protestation de beaucoup de Syriens. Les chrétiens sont à tous les postes d'Etat-major, y compris celui de Premier Ministre. Vous retrouvez les chrétiens dans tous les secteurs de la vie. Il faut le dire devant les préjugés chrétiens et musulmans qui existent partout.

Je dois à mes parents d'avoir été libéré de ces préjugés, depuis mon enfance. Quand j'étais tout gosse, avec un groupe de jeunes, nous jouions dans les champs. Mes amis étaient des musulmans ou des chrétiens du quartier où j'habitais. Mes parents visitaient régulièrement ces paysans musulmans chez qui on allait jouer. Mon oncle maternel avait comme voisin une famille musulmane; la mère avait pris en protection la jeune épouse de mon oncle. Cette dernière est tombée malade; la maman musulmane allaitait le bébé de cette femme chrétienne. Le fait de me retrouver, tout gosse, dans cette ambiance réellement familiale, m'a préparé à reconnaître en moi-même et chez les autres, un être humain avant tout sans enfermer quiconque dans une catégorie religieuse.

Découverte du problème palestinien

Quand j'ai fait mes études au Liban, j'ai pressenti une différence notable dans les mentalités. A Jérusalem, dans mes cours de philosophie et de théologie, lorsque je me préparais au sacerdoce, entre 1952 et 1959, j'ai découvert le problème palestinien dans sa plénitude et toute son injustice. Depuis ce temps, Jérusalem m'habite réellement et, à travers Jérusalem, le problème palestinien en son entier se pose à moi. Cela m'a aidé à comprendre l'histoire du Proche-Orient, y compris les accords secrets conclus entre le ministre français et le ministre anglais.

En 1916, les accords Sykes-Picot, contrairement aux accords conclus entre le gouvernement britannique et le Shérif Hussein de La Mecque en 1914, dépeçaient tout le Proche-Orient en petits états. Cela préparait ce que l'on a découvert par la suite comme étant l'arrière-fond de l'Etat d'Israël au coeur de la Palestine. Ces accords préparaient aussi la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917. Le gouvernement britannique reconnaissait généreusement (il est généreux pour ce qui appartient aux autres) le Droit aux juifs d'avoir un Foyer National en Palestine mais sans porter préjudice aux habitants arabes du pays. Vous savez ce qu'il en est des préjudices, en dépit de tous les médias occidentaux qui occultent la réalité. On parle beaucoup de la Shoah juive ; il faut la reconnaître. Mais il faut reconnaître une «shoah palestinienne» qui dure depuis 65 ans ; un peuple qui a été privé de sa terre, de sa patrie, de tous ses droits, avec l'appui inconditionnel du monde occidental. Tout cela je l'ai découvert et je continue à le découvrir dans la souffrance mais aussi avec l'obstination de vouloir m'opposer à une injustice et sauver non seulement le peuple palestinien mais le peuple juif. Le peuple juif s'est enfoncé dans une injustice dont il ne peut sortir qu'en la faisant sans cesse grandir. Cela ne peut pas laisser les occidentaux indifférents.


Sortir d'une injustice mondiale

Surtout, qu'on ne me dise pas : «Ce qui se passe au Proche-Orient est une salade russe; on n'y comprend rien!» Ainsi me parlait un prêtre de Fréjus voici un an. Qui le veut, peut le comprendre. On peut dire la vérité pour le salut des deux peuples et pour le salut de l'Occident. Pour que celui-ci cesse de soutenir une injustice mondiale flagrante, dans un appui à une mystification de la vérité et surtout à l'enrichissement des peuples forts.

Je m'en tiens à ce qui est la Palestine et le conflit israélo-arabe. Tout cela je l'ai découvert à l'époque de mes études à Jérusalem. En 1955-56, sur le conseil de mon Directeur spirituel, j'ai passé un an à Lyon, au Prado, dans une paroisse pradosienne, rouge, à Saint-Fons, j'ai découvert des prêtres français ; je les nomme : le Père Albert Carteron, le Père Jean Bourbon, le Père Henri Leman, le Père André Chadis, de Besançon. J'ai découvert des prêtres français qui étaient engagés à côté des Algériens en guerre, pour leur apporter compréhension, secours et surtout pour transmettre à l'autorité ecclésiastique, en l'occurrence le Cardinal Gerlier, la vérité du conflit ayant surgi en Algérie. J'ai conservé ces amitiés dans mon coeur. J'en ai gardé le souvenir pour m'engager davantage au service des plus pauvres, des plus démunis.

Jérusalem, «la ville crucifiée»

Les plus pauvres aujourd'hui sont les Palestiniens. En 1971, à la suite de l'occupation de Jérusalem par les Juifs, le problème a fini par réellement me tourmenter et je me suis permis d'écrire une pièce de théâtre, intitulée « La ville crucifiée ». Je me représentais moi-même à Jérusalem sous l'occupation israélienne et j'imaginais un peu ce qui a pu se passer à l'intérieur de cette société de Jérusalem que je connaissais très bien. Chrétiens et musulmans y vivaient côte à côte sans problème. Dans cette pièce, je mettais en scène une famille musulmane dont la maison avait été dynamitée par l'occupant israélien. J'ai imaginé que le prêtre, pendant la Semaine-Sainte, accueillait cette famille dans l'église elle-même, parce qu'il n'avait pas d'autre local pour les héberger. Le prêtre alors a eu des protestations de la part des bourgeois de sa paroisse « Vous nous privez de la prière pendant la Semaine sainte !». Le prêtre a répondu : « le Christ est cette famille éprouvée ». Je pense que le peuple palestinien, maintenant, quel que soit son engagement politique (« Hamas  », « Fatah ») ou sa couleur, est un peuple crucifié. Il cherche par tous les moyens à défendre le minimum de dignité et de droit qui lui reste.

Cette pièce m'a valu de représenter la troupe dans un festival de théâtre; nous avons eu les quatre premiers prix à égalité avec un dramaturge d'une autre ville de Syrie, un musulman. La pièce a été imprimée par le ministère de la Culture. Cela m'a valu d'être admis dans «l'Union des Ecrivains arabes», seul prêtre au milieu de 4100 écrivains de Syrie et de l'ensemble du monde arabe. Je m'y sens à égalité avec tout le monde. J'y dis ce que je pense. J'y dis ma foi et ce que j'éprouve devant le drame de la Palestine.


Face au Cardinal Marty

En 1973, m'est tombé sous la main un livre de l'ancien Cardinal de Paris, François Marty, «Dieu est tenace». J'ai lu ce livre et j'ai été rudement choqué. Le Cardinal Marty a trouvé moyen, en passant à Jérusalem, de parler des victimes du Biafra, des victimes du Bangladesh, des victimes des autoroutes mais il n'a jamais vu nulle part le Palestinien privé de tout. Je lui ai écrit pour faire des remarques concernant son livre. Je lui reprochais de n'avoir pas vu le Palestinien crucifié alors qu'il avait vu les victimes des autoroutes partout dans le monde. Il m'a répondu par une petite lettre de quelques lignes, insignifiante! Quelques mois après, j'arrive à Paris, je sollicite un rendez-vous et je vais le voir. Il m'a reçu pendant douze minutes exactement. Je lui ai reproché son silence concernant le conflit israélo arabe. Je l'ai invité à venir incognito en Syrie. Il a refusé.

Face à Don Helder Camara.

Par la suite, j'ai continué ce dialogue. En 1974, l'évêque de Jérusalem, Monseigneur Hilarion Capucci, un Syrien d'Alep, a été emprisonné. Je ne m'étends pas sur les causes de son emprisonnement. A la même époque, j'ai lu une lettre du fameux Monseigneur Helder Camara. Il avait fait à Londres une conférence, sur les «sept péchés capitaux» (colonialisme, etc.). J'ai lu avec passion l'intervention de cet évêque et j'ai été sidéré de constater qu'il ne faisait nulle part mention du Palestinien ni du conflit israélo arabe. Il a passé complètement l'éponge sur le scandale de l'emprisonnement de Monseigneur Hilarion Capucci. De nouveau, je lui ai écrit. «Vous avez mené un vrai combat pour la justice au Brésil, vous avez été taxé, à plusieurs reprises d'«évêque rouge», vous avez réussi à embarquer l'Eglise du Brésil et de tout le Continent latin et de l'Eglise entière. Comment n'avez-vous pas réussi à voir le fait qu'un de vos collègues dans l'épiscopat, l'évêque de Jérusalem, a été emprisonné ? Vous n'y faites nulle part allusion. Pourquoi? Est-ce que la justice est divisible? Est-ce qu'elle peut concerner les juifs, les musulmans de tel ou tel pays, les lois des Etats-Unis mais non les Palestiniens?» Pas de réponse!


Face au Cardinal Lustiger.

Je continue sur la lancée. En 1990, j'étais à Paris. C'était la veille de l'attaque contre l'Irak. J'ai tenu à voir Monseigneur Lustiger. Au départ, il m'a dit «vous avez vingt minutes». En fait, il m'a gardé quarante-cinq minutes. Son secrétaire ne cessait de téléphoner pour lui dire: «Les gens attendent!»

Je lui ai dit : « Monseigneur ! Vous êtes juif ! Vous ne cessez de le dire à la Télévision. Je respecte votre appartenance juive. Pourquoi ne cherchez-vous pas à demander à vos frères juifs de briser le cycle de violence qu'ils ont déclenché au Proche-Orient? Il y va de leur salut à eux et du salut des Palestiniens. Pourquoi fermez-vous les yeux sur une injustice? Elle finira par se retourner, tôt ou tard, contre vos frères juifs. Je lui ai rappelé que dans le monde arabe et musulman, les juifs n'avaient jamais souffert alors qu'en Occident l'antisémitisme a été pratiqué pendant des siècles et couronné par le nazisme. En Orient, musulmans et juifs vivaient côte à côte. Il y a eu des hauts et des bas, certes! Les juifs n'ont jamais été réellement ennuyés dans le monde arabe et musulman. Pourquoi n'aidez-vous pas vos frères juifs à adopter une attitude plus humaine?» En murmurant, comme s'il me faisait un aveu confidentiel, il m'a dit: «On ne m'a jamais parlé comme ça!» Je lui ai dit: «C'est parce que je vous aime, vous, archevêque de Paris que, moi, prêtre catholique arabe, je vous dis cela! Je vous supplie de faire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard». C'était le 24 novembre 1990. Le 15 janvier 1991, vous savez ce qui s'est passé.

Rentré à Damas, je lui ai écrit pour le remercier de son accueil et le supplier de faire quelque chose. Vous pensez: «Personne ne m'écoutera!». Ainsi me parlent tous les évêques de France. Ma réponse est la suivante: «Si le Christ avait attendu que le monde soit à même d'accepter ce qu'il avait à leur dire, il n'y aurait pas d'Evangile!» La lettre est restée sans réponse. J'ai essayé d'écrire aussi au Saint-Père. Je lui faisais remarquer que lorsqu'il abordait le problème palestinien, je le sentais apeuré. Jean-Paul II n'a pas répondu. Quand en 2001, il est venu à Damas, je lui ai adressé un mot manuscrit où je glissais les deux lettres que je lui avais envoyées. La nonciature m'a alors fait parvenir un mot de sept lignes sans aucun rapport avec le contenu de mes précédentes lettres. Je comprends que le pape ne puisse répondre à tous ceux qui lui écrivent. Mais je reste blessé devant ce qui me semble une anomalie de la part de la hiérarchie supérieure dans l'Eglise catholique.

Face au nonce de Syrie

A la suite de la conférence de Ratisbonne, j'ai écrit à Benoît XVI. J'ai pris rendez-vous avec le nonce apostolique et j'ai remis une lettre de deux pages à l'adresse du Saint-Père. Le nonce s'est mis dans une colère terrible. J'ai répondu: «Je viens en prêtre qui vous respecte. Si vous continuez à me parler sur ce ton, je reprends mes deux lettres, celle que je vous destinais et celle que je destinais au Saint-Père et je me retire.» Il a continué à me traiter de tous les noms: je suis parti. Au bout de plusieurs mois, il m'a téléphoné m'invitant à une rencontre. Je suis allé à la nonciature. Il m'a dit: «Je termine ma carrière diplomatique. Je vous demande de me brosser un tableau sur l'ensemble de la situation politique du pays et de la région et sur la situation de l'Eglise à l'intérieur de ce conflit.» J'ai fait ce travail, j'en ai donné un exemplaire à mon ami Boutros Hallaq. Je me suis permis de dire tout ce que j'avais sur le coeur. J'ai dit, en bref, que contrairement à ce que faisait Jean-Paul II, l'attitude actuelle de Benoît XVI me semblait néfaste. Dans l'ensemble des églises d'Europe, comment les évêques peuvent-ils dormir? Comment peuvent-ils fermer les yeux sur ce qui se passe dans le monde, en particulier en Palestine et dans tout le Proche-Orient? Comment peuvent-ils accepter l'hégémonie qui veut accaparer toutes les ressources du monde? On est dans un monde qui va complètement à la dérive au profit d'une poignée qui veut profiter de tout aux dépens du reste de l'humanité.

Comment se fait-il que toutes ces églises se taisent ? Seul un évêque, le Cardinal de Boston, a osé écrire à Monsieur Bush une lettre, juste après le déclenchement de la guerre contre l'Irak. Il disait, entre autres: «Vous vous demandez pourquoi le monde entier nous déteste; c'est que toutes nos oeuvres sont détestables. Reconnaissez humblement l'erreur que vous commettez avec votre gouvernement, pour que le monde découvre qu'aux Etats-Unis il y a encore une bribe d'humanité et qu'il ait du respect pour nous».

Tout cela, je l'ai dit au nonce. J'ai passé aussi en revue l'église d'Allemagne. Je reviens des Etats-Unis ; ils sont aveugles. Comment peuvent-ils lire l'Evangile en regardant ce qui se passe au niveau du monde et ce que font les Etats-Unis dans le monde ? Je m'attendais, ayant dit cela, à ce que le nonce ait une réaction de colère. J'ai été étonné de voir qu'il commençait sa lettre en disant: «Très cher Père Elias Zahlaoui». Il continuait : « Je vous remercie de tout cSur pour tout ce que vous me dites. Vous m'avez ouvert les yeux. Je remettrai ce dossier à qui de droit à Rome. »


Au service de la jeunesse

Tout ceci concerne mon engagement de citoyen, prêtre syrien. J'ai tenu aussi à être présent à mon pays. J'ai voulu, en 1962, être au service de la jeunesse. On a une jeunesse d'or en dépit de toutes les conditions de vie qui sont les siennes depuis des dizaines d'années! Il suffit de leur donner un peu d'amour et de confiance et ce qu'ils font est alors bouleversant: leur générosité, leur disponibilité, leur dévouement.

En 1971, j'ai fondé une troupe théâtrale avec des chrétiens et des musulmans. A travers le théâtre, on faisait passer des messages sur les conflits qui s'imposent à la région: le conflit israélo-arabe, le conflit des riches et des pauvres, l'hémorragie de la jeunesse quittant la Syrie, le Liban et tout le Proche-Orient, à cause d'un conditionnement politique qui épuise toutes les ressources. Finalement, j'ai fait des pièces de théâtre sur la dictature à partir d'une page de l'histoire romaine du temps de l'Empereur Commode. Toutes mes autres pièces ont été jouées et imprimées mais pas celle-ci! Mais j'ai dit ce que j'avais à dire, à savoir que toutes les dictatures finissent par pourrir la société et par pourrir les gens au pouvoir. J'en appelais à un changement.

Avec des chrétiens et des musulmans

En 1977 j'ai fondé une chorale avec 55 enfants, de 4 à 6 ans habitant autour de l'église où je réside. A noël 77, ces petits chantaient. L'idée m'en était venue lorsqu'à Damas, en 1962, j'avais entendu «Les petits chanteurs à la croix de bois». Lentement la troupe s'est structurée. Aujourd'hui, nous comptons 500 personnes : des gosses, des jeunes gens, des jeunes filles, des hommes mariés. Et ceux qui avaient commencé gosses sont maintenant mariés et leurs enfants sont dans la chorale. Ils ont la chorale en mains.

En 2001, on avait inauguré avec la chorale de la Grande Mosquée des Omeyades, la première soirée (septembre 2001!) de chants communs. Deux voix, musulmane et chrétienne, sortent sur le parvis de la plus grande église de Damas. Les gens n'en revenaient pas! Il y avait une multitude de personnalités, de cheikhs, de prêtres et d'évêques : 32000 personnes. Ceci était pour moi dans la logique de notre vie en Syrie: chrétiens et musulmans, nous vivons côte à côte. Nous gagnons. Pourquoi Dieu nous séparerait les uns des autres? On comprend Dieu chacun à sa façon, mais on se respecte. Nous pouvons chanter ensemble ce Dieu qui nous a créés, qui nous aime et qui nous jugera tous sans exception.

Ce fut le départ de toute une série de soirées de chants communs. Je signale que lors de cette première soirée était venu Monsieur Javier Solana et la troïka européenne avec notre ancien ministre des Affaires étrangères. Ils sont restés ébahis. Le reporter de la télévision belge a dit aux cameramen: «Monsieur Berlusconi, au lieu d'insulter le monde arabe et la civilisation musulmane, aurait dû venir ici pour combler son ignorance». La connaissance réciproque entre les personnes et les peuples est une nécessité.

En 2007, je reçois un coup de fil de l'ambassade américaine de Damas. J'étais étonné: je ne cesse d'écrire contre la politique américaine. On m'annonçait que le directeur du Centre John Kennedy à Washington voulait venir me voir. Il est venu avec l'attaché culturel de l'ambassade des Etats-Unis à Damas. Il m'a proposé, pour cette année, février et mars 2009, la participation des gosses de la chorale au festival du monde arabe qui devait se tenir à Washington. J'ai demandé : « Répondez-moi franchement! Dans quelle ligne politique travaillez-vous ? Si c'est dans la ligne de Monsieur Bush, je refuse». Il sourit et il me dit : « Au contraire ! Nous voulons que les peuples se connaissent. Pour cela, l'art est la façon la meilleure. Cela n'a rien à voir avec la politique mais l'art est une manifestation humaine, la musique, le chant.»

Un grand besoin d'amour

J'ai cherché tout simplement à être moi-même, à être prêtre, à être citoyen. A vivre ce que ma conscience de prêtre me dictait. Je ne trouve qu'amour partout. Les hommes ont besoin d'amour aujourd'hui. Les musulmans plus que jamais parce qu'aujourd'hui ils se sentent écrasés par une puissance aveugle. Oui, en Arabie Saoudite et dans le Golfe, des musulmans ont des richesses colossales. Ils sont plus que complices de ces puissances occidentales. Mais en fin de compte, c'est l'Occident, à commencer par les Etats-Unis, qui mène le chariot du monde. Si vous croyez que ce chariot va vers la réussite de l'humanité, je vous dis «vous vous trompez!» Il est grand temps d'aimer les autres, tous les autres en tant qu'êtres humains. Elias Zahlaoui



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