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questions pour l'Occident Elias Zahlaoui Une hégémonie mondiale Mustapha Chérif |
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Prêtre arabe en pays musulman
A ceux qui pensent que l'histoire de la Palestine
Religion et citoyenneté
Je suis heureux de me retrouver parmi vous. Je remercie mon ami, le Père Michel Jondot,
de m'avoir invité. J'avais hésité à accepter ; finalement, je me suis jeté à l'eau.
Je me considère, en Syrie, citoyen à part entière. Bien que je sois prêtre,
en dépit de tous les préjugés concernant les chrétiens. La constitution syrienne a voulu
que tous les habitants de Syrie se considèrent comme de vrais citoyens.
Notre ancien président avait voulu qu'on abolisse l'article stipulant que la présidence
de la République soit assurée par un citoyen de religion musulmane. Il s'est incliné
devant la protestation de beaucoup de Syriens. Les chrétiens sont à tous les postes
d'Etat-major, y compris celui de Premier Ministre. Vous retrouvez les chrétiens dans
tous les secteurs de la vie. Il faut le dire devant les préjugés chrétiens et musulmans qui existent partout. Découverte du problème palestinien
Quand j'ai fait mes études au Liban, j'ai pressenti une différence notable dans les mentalités.
A Jérusalem, dans mes cours de philosophie et de théologie, lorsque je me préparais au sacerdoce,
entre 1952 et 1959, j'ai découvert le problème palestinien dans sa plénitude et toute son injustice.
Depuis ce temps, Jérusalem m'habite réellement et, à travers Jérusalem, le problème palestinien
en son entier se pose à moi. Cela m'a aidé à comprendre l'histoire du Proche-Orient, y compris
les accords secrets conclus entre le ministre français et le ministre anglais.
Sortir d'une injustice mondiale
Surtout, qu'on ne me dise pas : «Ce qui se passe au Proche-Orient est une salade russe; on n'y comprend rien!»
Ainsi me parlait un prêtre de Fréjus voici un an. Qui le veut, peut le comprendre. On peut dire la vérité pour
le salut des deux peuples et pour le salut de l'Occident. Pour que celui-ci cesse de soutenir
une injustice mondiale flagrante, dans un appui à une mystification de la vérité et surtout à l'enrichissement des peuples forts. Jérusalem, «la ville crucifiée»
Les plus pauvres aujourd'hui sont les Palestiniens. En 1971, à la suite de l'occupation de Jérusalem par les Juifs,
le problème a fini par réellement me tourmenter et je me suis permis d'écrire une pièce de théâtre,
intitulée « La ville crucifiée ». Je me représentais moi-même à Jérusalem sous l'occupation israélienne
et j'imaginais un peu ce qui a pu se passer à l'intérieur de cette société de Jérusalem que je connaissais très bien.
Chrétiens et musulmans y vivaient côte à côte sans problème. Dans cette pièce, je mettais en scène une famille musulmane
dont la maison avait été dynamitée par l'occupant israélien. J'ai imaginé que le prêtre, pendant la Semaine-Sainte,
accueillait cette famille dans l'église elle-même, parce qu'il n'avait pas d'autre local pour les héberger.
Le prêtre alors a eu des protestations de la part des bourgeois de sa paroisse « Vous nous privez de la prière pendant
la Semaine sainte !». Le prêtre a répondu : « le Christ est cette famille éprouvée ». Je pense que le peuple palestinien,
maintenant, quel que soit son engagement politique (« Hamas », « Fatah ») ou sa couleur, est un peuple crucifié.
Il cherche par tous les moyens à défendre le minimum de dignité et de droit qui lui reste.
Face au Cardinal Marty
En 1973, m'est tombé sous la main un livre de l'ancien Cardinal de Paris, François Marty, «Dieu est tenace».
J'ai lu ce livre et j'ai été rudement choqué. Le Cardinal Marty a trouvé moyen, en passant à Jérusalem,
de parler des victimes du Biafra, des victimes du Bangladesh, des victimes des autoroutes
mais il n'a jamais vu nulle part le Palestinien privé de tout. Je lui ai écrit pour faire
des remarques concernant son livre. Je lui reprochais de n'avoir pas vu le Palestinien
crucifié alors qu'il avait vu les victimes des autoroutes partout dans le monde.
Il m'a répondu par une petite lettre de quelques lignes, insignifiante!
Quelques mois après, j'arrive à Paris, je sollicite un rendez-vous et je vais le voir.
Il m'a reçu pendant douze minutes exactement. Je lui ai reproché son silence concernant
le conflit israélo arabe. Je l'ai invité à venir incognito en Syrie. Il a refusé.
Face à Don Helder Camara.
Par la suite, j'ai continué ce dialogue. En 1974, l'évêque de Jérusalem, Monseigneur Hilarion Capucci,
un Syrien d'Alep, a été emprisonné. Je ne m'étends pas sur les causes de son emprisonnement.
A la même époque, j'ai lu une lettre du fameux Monseigneur Helder Camara.
Il avait fait à Londres une conférence, sur les «sept péchés capitaux» (colonialisme, etc.).
J'ai lu avec passion l'intervention de cet évêque et j'ai été sidéré de constater qu'il ne faisait
nulle part mention du Palestinien ni du conflit israélo arabe. Il a passé complètement l'éponge sur
le scandale de l'emprisonnement de Monseigneur Hilarion Capucci. De nouveau, je lui ai écrit.
«Vous avez mené un vrai combat pour la justice au Brésil, vous avez été taxé, à plusieurs reprises d'«évêque rouge»,
vous avez réussi à embarquer l'Eglise du Brésil et de tout le Continent latin et de l'Eglise entière.
Comment n'avez-vous pas réussi à voir le fait qu'un de vos collègues dans l'épiscopat,
l'évêque de Jérusalem, a été emprisonné ? Vous n'y faites nulle part allusion.
Pourquoi? Est-ce que la justice est divisible? Est-ce qu'elle peut concerner les juifs,
les musulmans de tel ou tel pays, les lois des Etats-Unis mais non les Palestiniens?» Pas de réponse!
Face au Cardinal Lustiger.
Je continue sur la lancée. En 1990, j'étais à Paris. C'était la veille de l'attaque contre l'Irak.
J'ai tenu à voir Monseigneur Lustiger. Au départ, il m'a dit «vous avez vingt minutes».
En fait, il m'a gardé quarante-cinq minutes. Son secrétaire ne cessait de téléphoner pour lui dire: «Les gens attendent!» Face au nonce de Syrie
A la suite de la conférence de Ratisbonne, j'ai écrit à Benoît XVI.
J'ai pris rendez-vous avec le nonce apostolique et j'ai remis une lettre de deux pages
à l'adresse du Saint-Père. Le nonce s'est mis dans une colère terrible.
J'ai répondu: «Je viens en prêtre qui vous respecte. Si vous continuez à me parler sur ce ton,
je reprends mes deux lettres, celle que je vous destinais et celle que je destinais
au Saint-Père et je me retire.» Il a continué à me traiter de tous les noms: je suis parti.
Au bout de plusieurs mois, il m'a téléphoné m'invitant à une rencontre.
Je suis allé à la nonciature. Il m'a dit:
«Je termine ma carrière diplomatique. Je vous demande de me brosser un tableau sur l'ensemble
de la situation politique du pays et de la région et sur la situation de l'Eglise à l'intérieur de ce conflit.»
J'ai fait ce travail, j'en ai donné un exemplaire à mon ami Boutros Hallaq. Je me suis permis de dire
tout ce que j'avais sur le coeur. J'ai dit, en bref, que contrairement à ce que faisait Jean-Paul II,
l'attitude actuelle de Benoît XVI me semblait néfaste. Dans l'ensemble des églises d'Europe,
comment les évêques peuvent-ils dormir? Comment peuvent-ils fermer les yeux sur
ce qui se passe dans le monde, en particulier en Palestine et dans tout le Proche-Orient?
Comment peuvent-ils accepter l'hégémonie qui veut accaparer toutes les ressources du monde?
On est dans un monde qui va complètement à la dérive au profit d'une poignée qui veut profiter de tout aux dépens du reste de l'humanité.
Au service de la jeunesse
Tout ceci concerne mon engagement de citoyen, prêtre syrien. J'ai tenu aussi à être présent à mon pays.
J'ai voulu, en 1962, être au service de la jeunesse. On a une jeunesse d'or en dépit de toutes les conditions
de vie qui sont les siennes depuis des dizaines d'années! Il suffit de leur donner un peu d'amour
et de confiance et ce qu'ils font est alors bouleversant: leur générosité, leur disponibilité, leur dévouement. Avec des chrétiens et des musulmans
En 1977 j'ai fondé une chorale avec 55 enfants, de 4 à 6 ans habitant autour de l'église où je réside.
A noël 77, ces petits chantaient. L'idée m'en était venue lorsqu'à Damas, en 1962, j'avais entendu
«Les petits chanteurs à la croix de bois». Lentement la troupe s'est structurée.
Aujourd'hui, nous comptons 500 personnes : des gosses, des jeunes gens, des jeunes filles,
des hommes mariés. Et ceux qui avaient commencé gosses sont maintenant mariés et leurs enfants sont dans la chorale.
Ils ont la chorale en mains. Un grand besoin d'amour
J'ai cherché tout simplement à être moi-même, à être prêtre, à être citoyen.
A vivre ce que ma conscience de prêtre me dictait. Je ne trouve qu'amour partout.
Les hommes ont besoin d'amour aujourd'hui. Les musulmans plus que jamais parce qu'aujourd'hui
ils se sentent écrasés par une puissance aveugle. Oui, en Arabie Saoudite et dans le Golfe,
des musulmans ont des richesses colossales. Ils sont plus que complices de ces puissances occidentales.
Mais en fin de compte, c'est l'Occident, à commencer par les Etats-Unis, qui mène le chariot du monde.
Si vous croyez que ce chariot va vers la réussite de l'humanité, je vous dis «vous vous trompez!»
Il est grand temps d'aimer les autres, tous les autres en tant qu'êtres humains.
Elias Zahlaoui
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